30/12/2025
La présence croissante d'agents de sécurité issus des forces de police dans les établissements scolaires américains s'est accélérée depuis les années 1990, avec une augmentation
spectaculaire passant de 1 % des écoles en 1976 à 48 % en 2016.
Soit, cette évolution répond à des préoccupations légitimes face à la violence scolaire et aux incidents graves.
Cependant, une question centrale demeure insuffisamment adressée :
Une étude rigoureuse menée par Gottfredson et ses collègues (2020) sur 33 écoles du secondaire en Californie, ayant reçu un financement fédéral pour augmenter la présence des School Resource Officers (SRO), apporte une réponse plus que nuancée.
L'étude révèle une découverte contre-intuitive :
> Pour les élèves sans besoins particuliers, les infractions liées aux armes ont augmenté dans les écoles traitées (de 0,30 à 0,39 infractions mensuelles)
tandis qu'elles diminuaient dans les écoles de contrôle (de 0,37 à 0,32).
De même, les infractions liées aux drogues ont augmenté pour le groupe traité (1,18 à 1,36) mais diminué pour le groupe contrôle (1,53 à
1,26).
Au-delà de l'enregistrement accru des infractions, l'intervention de la police modifie qualitativement la réponse institutionnelle.
Les analyses de séries chronologiques interrompues confirment cette hausse immédiate, avec un effet 2,1 fois plus important pour les écoles traitées que pour les écoles contrôle.
Un résultat inattendu émerge :
Bien que la littérature antérieure suggère que ces élèves sont disproportionnément affectés par les pratiques de discipline exclusives, ce groupe particulier n'affiche pas de variation
statistiquement marquante suite à l'intervention policière.
> Les auteurs suggèrent que les protections fédérales de la loi IDEA limitent potentiellement la discrétion policière vis-à-vis de ce groupe vulnérable.
Le concept de School Resource Officer émerge dans les années 1950 en tant que rôle à trois volets :
L'expansion massive débute en 1999 avec le programme COPS In Schools (CIS), qui a financé 6 500 SRO entre 1999 et 2005.
Cette croissance s'inscrit dans un contexte de criminalité juvénile croissante durant les années 1980-1990 et de la résonance médiatique des fusillades scolaires de :
Le financement demeure substantiel :
Le modèle Triad proposé par la National Association of School Resource Officers (NASRO) prescrit une répartition équilibrée.
Cependant, l'étude révèle que sur le terrain, les SRO consacrent environ :
> Crucialement, 83 % des administrateurs scolaires affichent des philosophies disciplinaires plus orientées vers la prévention que celle des SRO stationnés dans leurs établissements, révélant un conflit systémique entre vision éducative et vision répressive de la discipline scolaire.
Seuls 20 % des agences bénéficiaires disposent d'un manuel écrit spécifiant les procédures SRO.
Bien que 100 % aient des accords formels avec les districts scolaires :
Cet encadrement insuffisant laisse une latitude considérable à la discrétion policière et crée des zones d'ambiguïté concernant l’utilité de la police dans l’école, le lycée, le collège et sous quelles conditions elle doit intervenir.
Plusieurs hypothèses expliquent pourquoi la présence policière amplifie l'enregistrement criminel.
Les SRO « voient les choses différemment qu'un enseignant en classe » selon les personnels interrogés dans des suivis qualitatifs.
Un écart philosophique quantifiable existe :
> Les SRO surveillent également les élèves en dehors du campus et pendant les périodes parascolaires, puis enregistrent les incidents découverts comme incidents scolaires, augmentant artificiellement la supériorité apparente de la criminalité.

L'augmentation des mesures d'exclusion disciplinaire constitue le maillon critique du pipeline école-prison.
Weisburst (2019), dans une étude complémentaire portant sur 2,5 millions d'élèves au Texas, confirme que les districts ayant reçu des subventions CIS affichaient des réductions
de taux d'inscription universitaire.
> Les mesures d'exclusion réduisent directement la réussite académique tout en accélérant l'entrée dans le système pénal.
L'absence d'alignement entre les philosophies disciplinaires des SRO (plus punitives) et des administrateurs (plus préventives) crée une ambiguïté systémique dangereux.
> 67 % des agences rapportent que les SRO reçoivent une formation spécialisée d'au minimum 40 heures, mais seuls 25 % bénéficient de
formation continue régulière.
Cette formation met l'accent sur l'intervention en crise et les questions légales, mais moins de 50 % couvrent la psychologie du développement ou le comportement de l'enfant
adolescent.
Les preuves scientifiques rigoureuses démontrent qu’au niveau de la sécurité scolaire : plus de police crée plus de crimes et demeure un paradoxe institutionnel insuffisamment reconnu par les
décideurs éducatifs.
L'augmentation des effectifs policiers dans les établissements scolaires ne réduit aucune catégorie d'infractions enregistrées, elle amplifie l'enregistrement de certaines catégories tout en
intensifiant les réponses disciplinaires exclusives.
Les écoles en quête d'amélioration légitime de la sécurité seraient avisées de considérer des alternatives documentées :
Restreindre la présence policière aux situations d'extrême dangerosité constitue l’approche la plus équilibrée. Car elle est fondée sur des preuves, non sur des politiques.
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