03/06/2026
L’homicide conjugal représente l’issue la plus tragique des dynamiques de contrôle dans le couple et de violence psychologique.
Entre 1979 et 1998 au Canada, le taux annuel était de 10 femmes pour 3 hommes par million de couples (statistique Canada, 2000).
La théorie de la « propriété masculine » (Daly & Wilson, 1988) et celle de la légitime défense (Browne, 1987) offrent
deux cadres explicatifs.
L’objectif est de comprendre, en s’appuyant sur les facteurs de risque documentés, comment la jalousie sexuelle, la séparation et l’emprise violente transforment un conflit conjugal en drame
irréparable.
Selon Wilson et Daly, la théorie de la propriété masculine postule que les hommes perçoivent leur conjointe comme une possession reproductive.
Cette vision favorise un contrôle dans le couple fondé sur la jalousie sexuelle
Le sentiment de possession pousse l’homme à menacer de la sorte :
La violence psychologique et physique devient alors un moyen de maintenir l’emprise. Quand un couple bascule dans la violence, les assauts non létaux et les menaces de mort précèdent souvent l’homicide.
Les jeunes femmes mariées de moins de 25 ans présentent un risque maximal :
La séparation constitue quasiment toujours le déclencheur dangereux.
En Nouvelle-Galles du Sud, 98 des 217 femmes tuées avaient quitté leur conjoint ou étaient en procédure (Wallace, 1986).
Quand un couple bascule dans la violence, la décision unilatérale de la femme de partir est perçue comme un affront à la propriété masculine.
Le meurtre de la conjointe et des enfants reflète cette possession extrême.
Les hommes qui se sentent propriétaires de leur famille estiment qu’elle ne peut survivre sans eux.
La violence psychologique associée à des menaces récurrentes précède souvent ces passages à l’acte.
Néanmoins, la rupture n’explique pas tout :
Lorsque la femme est l’auteure de l’homicide conjugal, la dynamique diffère.
Dans l’échantillon de Campbell, 79 % des femmes ayant tué leur conjoint avaient été battues.
En Californie, Totman (1978) a relevé que 29 femmes sur 30 incarcérées avaient subi des violences.
Quand le couple bascule dans la violence, la légitime défense apparaît alors comme le mobile principal, et non la jalousie.
Browne (1987) a comparé 42 femmes accusées de meurtre à 205 femmes battues non meurtrières :
Toutefois, d’autres facteurs interviennent. Roberts (1996) a montré que les femmes incarcérées pour avoir tué leur agresseur présentaient plus souvent :
La rareté de ces actes (échantillons souvent petits) complique les généralisations.
La violence psychologique vécue sur la longue durée reste centrale, mais elle interagit avec des vulnérabilités personnelles.
> Le concept de « syndrome de la femme battue » (Walker, 1979) a été critiqué pour son risque de stéréotype passif, alors que ces femmes agissent principalement pour préserver leur vie.
La prévention devrait cibler le contrôle dans le couple et la tolérance à la violence.
L’intervention précoce sur le contrôle de l’alcool comme facteur aggravant a prouvé son efficacité :
> Traiter la toxicomanie des deux partenaires est une piste concrète
Les femmes qui quittent leur conjoint devraient disposer de refuges sûrs et de lois anti-harcèlement (ex : Espagne).
Browne et Williams (1989) ont trouvé une corrélation négative entre la disponibilité de ressources pour femmes battues et le taux d’homicide commis par des conjointes.
Le système judiciaire doit reconnaître le contexte de violence subie, sans pathologiser les victimes.
L’éducation du public et des professionnels reste un levier efficace de plus.
Depuis 1996, la baisse des homicides conjugaux au Canada (statistique Canada, 2000) s’explique par l’amélioration du statut économique des femmes et la multiplication des refuges.
Cela exigerait une transformation des rapports de pouvoir inégaux et une société moins tolérante envers toute forme d’agression.
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