24/04/2026
En 1849, Madrid voyait paraître un ouvrage singulier : le Manual del Baratero.
Ce bref document de 54 pages est reconnu par la Bibliothèque nationale d’Espagne comme le premier traité entièrement dédié au combat au couteau dans l’historiographie ibérique.
Plus encore, l’histoire du 1er traité de combat au couteau en Europe pourrait bien commencer ici, tant il précède
les manuels français ou italiens sur l’utilisation d’une lame courte.
Loin d’un simple folklore, il mêle outil utilitaire, marqueur social et culture de l’affrontement.
Son ancrage historique, ses sources, ses influences martiales et sa portée criminologique font partit du minimum de connaissances de tous pratiquants qui se respecte.
Dans l’Espagne du XIXe siècle, la navaja (couteau pliant) circulait largement dans les milieux populaires, en particulier andalous et urbains.
Les recherches récentes invalident une association exclusive avec les communautés Roms :
L’outil était autant domestique que défensif.
Le baratero désignait un petit criminel prélevant le « barato » (un pourcentage des gains) auprès des joueurs de cartes de rue, en échange d’une protection.
Ces hommes maîtrisaient le couteau pour dissuader rivaux ou débiteurs.
Les affrontements entre barateros pour le contrôle d’un territoire étaient fréquents.
Ces données modestes mais fiables confirment la valeur documentaire du texte.
L’auteur, signant « MdR », a été identifié comme Mariano de Rementeria y Fica (1786-1841), professeur à l’École normale de Madrid.
C’est le seul manuel qu’il n’a pas signé de son nom complet, évitant d’être publiquement associé à des activités criminelles.
Le système décrit s’inspire de l’école espagnole d’escrime Verdadera Destreza, notamment par sa maîtrise constante de la distance et ses déplacements circulaires :
Une technique, cependant, est copiée mot pour mot (avec une erreur de latéralité) du traité Principios de Destreza del Espadín (1805) de Manuel Antonio de Brea. James Loriega, traducteur anglais du manuel, relève des descriptions superficielles, mais juge le système cohérent comme point de départ.
Des experts comme Ramón Martínez notent des similitudes avec la culture portoricaine de la navaja sevillana, relevant d’un Legado Andaluz (héritage andalou) présent aux Philippines et au Brésil.
Par ailleurs, des attaques nommées jiro et contrajiro (torsion et contre-torsion) évoquent la technique italienne du giro ; le cambio de mano (passe de main dans le dos) existe dans les écoles italiennes sous le nom de passamano.
Pour la criminologie urbaine, ce manuel ne décrit pas un simple folklore.
Il documente une culture de l’utilisation de la lame insérée dans des normes locales :
La violence ordinaire y est codifiée, comparable à d’autres traditions européennes où l’arme courte devient l’extension d’un conflit de proximité.
> Le baratero n’est pas un criminel exceptionnel mais une figure typique des « personnes en marges » urbaines du XIXe siècle.
Loriega insiste :
Certaines techniques sont peu pratiques, demandant une habileté rare.
Mais sa valeur ne réside pas dans la pure performance :
Il documente un moment où le couteau pliant devient marqueur social, urbain et conflictuel.
L’histoire du 1er traité de combat couteau en Europe s’incarne dans le Manual del Baratero (1849).
Ni simple manuel technique, ni preuve d’une exclusivité « gitane », il doit être lu comme un document criminologique et culturel.
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