17/07/2026
L’expression « criminalité au couteau », traduction du terme anglo-saxon « knife crime » britannique, s’est imposée
dans le débat public et médiatique depuis le début des années 2000 avant de gagner d’autres contextes nationaux.
Pourtant, cette diffusion rapide contraste avec la relative absence de travaux consacrés à sa validité conceptuelle.
La question centrale que pose cette synthèse de travaux académiques est simple :
L’analyse des sources disponibles (littérature interdisciplinaire, criminologie, sociologie, santé publique, sciences policières) suggère que cette notion demeure une étiquette opératoire, mouvante selon les institutions qui l’emploient, plutôt qu’un concept criminologique stabilisé.
Au Royaume-Uni, laboratoire par défaut, il n’existe à ce jour aucune définition émanant du Home Office pour le terme « knife crime », constat que dressent plusieurs auteurs travaillant sur le sujet.
Face à ce vide institutionnel, le College of Policing propose une définition opérationnelle englobant deux ensembles distincts de comportements :
Cette définition, pour le moins problématique, construite pour les besoins de l’action policière, agrège ainsi des faits de gravité et de nature radicalement différentes sous une même étiquette statistique.
Les chercheurs eux-mêmes reconnaissent devoir élaborer des définitions de travail faute de référentiel stabilisé.
> Cette situation illustre l’absence de base commune qui oblige les experts à redéfinir leur objet d’étude selon les besoins de leur recherche.
Une revue systématique consacrée aux conséquences sanitaires du « knife crime » relève explicitement que la variabilité des définitions employées d’une étude à l’autre complique la synthèse des résultats et limite la portée des méta-analyses envisageables.
> Cette hétérogénéité compromet la capacité à produire une vision d’ensemble de ce phénomène. Le terme « phénomène » étant en soi également discutable.
Une étude allemande portant sur les crimes à l’arme blanche (Messerkriminalität) entre 2013 et 2018 conclut à l’absence de différence statistiquement notable entre la criminalité au couteau et la criminalité violente grave prise dans son ensemble, qu’il s’agisse de la nationalité des auteurs ou de leur discernement pénal.
Ce résultat interroge la pertinence même d’isoler le vecteur « couteau » comme catégorie criminologique autonome plutôt que comme simple modalité de la violence interpersonnelle.
Des travaux relevant de la criminologie critique montrent que la catégorie « knife crime youths » s’est historiquement construite au Royaume-Uni par un processus de racialisation, associant implicitement le terme à une jeunesse urbaine perçue comme non blanche.
> Ce sont plutôt des logiques médiatiques et politiques d’alerte sociale qui ont présidé à son émergence, ce qui fragilise sa validité en tant qu’outil d’analyse scientifique.
Les comparaisons internationales se heurtent à des différences de définitions, de périmètres géographiques et de sources statistiques, policières ou de données hospitalières qui interdisent toute mise en équivalence directe des taux.
La France illustre cette difficulté a fortiori :
> Ce vide statistique français souligne l’impossibilité d’une approche harmonisée à l’échelle européenne.
En conclusion, l’examen de la littérature ne permet pas d’établir l’existence d’une définition cohérente et fiable de la « criminalité du couteau » à l’échelle interdisciplinaire.
Le terme désigne, selon les institutions et les disciplines, un périmètre variable :
Les chercheurs contournent cette lacune en produisant des définitions de travail ad hoc, ce qui nuit à la comparabilité des études et à la robustesse des méta-analyses.
> Plutôt qu’une catégorie criminologique aux contours stabilisés, la « criminalité au couteau » apparaît davantage comme une construction sociale et médiatique, dont la traduction statistique
reste fragmentée et dépendante des systèmes nationaux d’enregistrement.
Quand la violence au couteau vise les femmes Les femmes ne sont pas des actrices équivalentes de cette violence ; elles en sont les cibles désignées...
Sources :
- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC11760879/
- https://link.springer.com/chapter/10.1007/978-3-030-83742-6_1?fromPaywallRec=false
- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC8652377/
- https://link.springer.com/article/10.1007/s10611-023-10089-8
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9886559
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10728962/
- https://www.college.police.uk/guidance/knife-crime-problem-solving-guide/defining-knife-crime