21/04/2026

Ce que les chiffres de police disent des violences au sein du couple

Ce que les chiffres de police disent des violences au sein du couple

Les rapports de police constituent une source d’information essentielle, mais sont malheureusement sous-exploitée, pour comprendre la violence entre partenaires intimes.

Contrairement aux enquêtes déclaratives ou de victimation (1), ces données offrent un aperçu populationnel beaucoup plus précis sur le déroulement des faits.

Une analyse des signalements à Los Angeles (2020-2023) révèle des tendances claires : 

  • 74 776 incidents recensés, soit une moyenne de 51,2 signalements par jour

Ces chiffres officiels, même s’ils sont d’un pays étranger, permettent de dresser un portrait factuel et quasi universelle de la violence conjugale, de ses contextes et de ses variations temporelles, au-delà du seul ressenti des victimes.

Les rapports de police : une ressource clé
Les rapports de police : une ressource clé

Profil des victimes dans les signalements policiers

Répartition par sexe et âge

Les données policières indiquent une nette différence entre les sexes.

  • Les femmes représentent 77,35 % des cas rapportés (57 838 signalements), contre 22,65 % pour les hommes

Cet écart traduit à la fois une prévalence plus élevée et une propension différente à signaler les faits.

> Chez les hommes, les obstacles au dépôt de plainte restent considérables (crainte du ridicule ou accusations inverses)

Jeunes adultes surreprésentés

L’âge des victimes confirme une tendance factuelle et documentée : 

  • Les jeunes adultes sont les plus exposés

> La tranche des 25-29 ans totalise 19,49 % des cas, suivie des 30-34 ans (18,68 %) et des 18-24 ans (17,10 %). 

À l’opposé, les personnes de 65 ans et plus ne concentrent que 1,90 % des signalements. 

  • Ces statistiques suggèrent une diminution des violences rapportées avec l’avancée en âge

Localisation et contexte des violences conjugales rapportées

Le domicile comme premier lieu de danger

L’analyse des lieux de disputes ne laisse aucune place à l’interprétation :

  • 71,94 % des violences se produisent en contexte résidentiel (maisons, appartements)

> Ce chiffre confirme l’intimité du cadre comme facteur de risque principal.

À l’inverse, les espaces publics ne concentrent que 18,22 % des signalements, et les zones de transport 6,52 %.

Localisation des violences conjugales
Localisation des violences conjugales

Une faible visibilité hors du foyer

Les commerces, lieux de loisirs ou établissements de santé regroupent moins de 2 % des cas cumulés.

  • Cette répartition montre que la violence conjugale reste massivement un phénomène de l’ombre, éloigné du regard extérieur

Les professionnels (services sociaux, voisins) n’interviennent donc que rarement en prévention directe.

Types de violences et usage d’armes selon les données officielles

La violence physique en tête des signalements

Parmi les cinq sous-types recensés :

  • La violence physique domine très largement avec 77,02 % des signalements
  • La violence psychologique arrive loin derrière (15,84 %)
  • Suivie de la violence économique (1,79 %)
  • Et du harcèlement (0,59 %)

Attention, ce déséquilibre ne reflète pas une réalité épidémiologique, mais un biais de détection :

  • Les coups et blessures laissent des traces tangibles, contrairement aux autres violences plus insidieuses

Absence d’arme dans la grande majorité des cas

Les armes à feu (2,25 %), les armes blanches (3,98 %) ou les objets contondants (1,87 %) sont peu mentionnés.

Dans 83,82 % des signalements pour violence physique, aucune arme n’est utilisée. 

  • Le corps humain (poings, pieds) constitue ainsi le principal instrument utilisé

Le tableau ci-dessous synthétise les proportions par type d’incident.

Répartition des violences conjugales en 2020-2023
Répartition des violences conjugales en 2020-2023

Variations temporelles des signalements de violence conjugale

Pics estivaux et creux hivernaux

Il ne s’agit pas d’une légende urbaine, les signalements suivent un rythme saisonnier très marqué :

  • Les mois de juillet et août enregistrent les volumes les plus élevés (jusqu’à 1 721 signalements mensuels), tandis que février est le mois le plus bas (1 399)

> Cette cyclicité résiste aux perturbations exceptionnelles (confinements liés au COVID-19).

Week-ends sous tension

Le jour de la semaine joue également un rôle déterminant.

  • Le dimanche concentre le plus de signalements (moyenne de 62,8 par jour), suivi du samedi (56,7)

En semaine, les chiffres chutent (46 à 50 signalements).

Ces variations correspondent à une augmentation des interactions prolongées au domicile et à une probable hausse des consommations d’alcool.

Enjeux pour les politiques publiques

Limites méthodologiques : signalement ≠ prévalence

Les chiffres de police confirment que la violence conjugale signalée touche en priorité les jeunes femmes, dans l’espace domestique, sans usage d’arme.

  • Ces données éclairent ce que les taux d’agression officiels révèlent et masquent à la fois.

3 leviers d'action : dépistage, formation, croisement de données

La sous-représentation des violences psychologiques et économiques constitue un angle mort majeur des statistiques administratives.

Pour les acteurs publics, plusieurs leviers émergent : 

  • Renforcer les campagnes de dépistage en été et le week-end
  • Adapter la formation des forces de l’ordre aux violences sans trace physique
  • Et croiser les données policières avec celles des services de santé

> Enfin, il faudrait interpréter ces chiffres comme des indicateurs de signalement, non comme une mesure exacte de la prévalence, car cela reste une précaution méthodologique incontournable.


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