26/11/2025
La question du tir policier face à une personne armée d'un couteau demeure centrale dans les débats sur la légitime défense et la sécurité publique.
Le tir policier constitue-t-il la réponse appropriée aux circonstances impliquant un contrevenant armé d'une arme
blanche ?
Bien que les autorités justifient ce choix tactique par la notion de « menace imminente », les principes internationaux et la littérature scientifique contredisent cette approche.
L'efficacité réelle du tir policier demeure profondément questionnable au regard des leçons tirées des interventions policières.
Les principes de base adoptés par l'Organisation des Nations unies (Basic Principles on the Use of Force and Firearms, 1990) établissent que l'usage des armes à feu ne doit intervenir qu'en
dernier recours, en cas de menace imminente de mort ou de blessure grave.
L'intention doit être de neutraliser la menace et non d'abattre le suspect.
Ces principes consacrent la proportionnalité comme fondement incontournable de la légitime défense opérationnelle.
L'Office of the High Commissioner for Human Rights précise que la notion de menace imminente requiert une évaluation objective des circonstances présentes.
Une arme détenue sans « intention agressive » ne justifie pas automatiquement de dégainer.
Les forces de l'ordre doivent savoir :
> Cette démarche graduée s'oppose à une interprétation extensive de la doctrine de la règle des 7 mètres.
Une analyse menée aux États-Unis entre 2015 et 2020 révèle que les tirs policiers impliquant des individus munis d'un couteau sont près de deux fois plus souvent
mortels (Odds Ratio = 1,92) que ceux impliquant d'autres armes.
Le taux de décès s'élève à 67,9 % pour les contrevenants armés de couteaux, comparé à 58,1 % pour ceux armés d'armes à feu.
En outre, 70 000 personnes sont blessées chaque année lors d'interventions policières aux États-Unis, avec des coûts médicaux dépassant les 200 millions de dollars annuels.
La doctrine des 7 mètres encourage certains policiers à dégainer et tirer dès qu'un suspect armé d'un couteau franchit ce seuil, créant un risque systémique d'utilisation
disproportionnée de la force.
De nombreux cas documentés montrent que les suspects ne présentent pas toujours une menace immédiate et que les tirs policiers résultent d'une interprétation excessive.
L'usage du tir policier dans des lieux publics accroît le danger pour les tiers (bavures, tirs perdus).
Outre atlantique, plus de la moitié des personnes tuées qui sont armées d'un couteau souffraient de maladie mentale.
Abattre quelqu’un systématiquement constitue un déni de justice, car le contrevenant est privé de son droit à un procès équitable et à une défense légitime en circonstances où elle était défendable.
L'efficacité des technologies non-létales (Taser®, balles beanbag, sprays, BolaWrap™) est bien documentée.
> Il suffit d’observer les méthodes d’interventions au Japon pour démontrer que le tir policier n'est pas l'unique solution viable dans les situations impliquant un couteau ou une arme blanche.
Des politiques favorisant la désescalade et l'usage de la force graduée ont réduit significativement les décès lors de confrontations avec individus armés de couteaux.
Ces approches s'appuient sur des tactiques de gestion de la distance et une communication appropriée.
> L'efficacité réelle de ces méthodes remet en question la légitime défense systématique par le tir policier face à de telles circonstances.
L'utilisation abusive de la force létale engendre une rupture de confiance entre police et population.
Les incidents impliquant des tirs disproportionnés alimentent les mouvements de protestation et dégradent la légitimité des institutions, compromettant l'efficacité opérationnelle.
Chaque incident génère des coûts humains, judiciaires et financiers majeurs (indemnisations, procès, troubles sociaux).
Un risque élevé de bavures médiatisées provoque des tensions politiques durables :
La doctrine policière de recours systématique à l'arme à feu face aux personnes armées d'un couteau s'avère dangereuse, surdimensionnée et inefficace, tant du point de vue de la protection du
public que du respect des principes de justice.
Les alternatives non-létales et les méthodes de désescalade, soutenues par la recherche scientifique, permettent :
L'efficacité réelle du tir policier repose sur l'évaluation objective des circonstances, la proportionnalité et le respect des droits fondamentaux, non sur l'application systématique de protocoles létaux face à des situations impliquant une arme.
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Sources :
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10937605/
- https://www.ohchr.org/en/instruments-mechanisms/instruments/basic-principles-use-force-and-firearms-law-enforcement
- https://www.aic.gov.au/sites/default/files/2020-05/sb19_shooting_deaths_in_police_custody.pdf
- https://d197for5662m48.cloudfront.net/documents/publicationstatus/48399/preprint_pdf/1668317bb762fb3efa349777df7563e1.pdf
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12031711/
- https://geneva-academy.ch/wp-content/uploads/2025/09/in-brief6_WEB.pdf
- https://www.congress.gov/crs-product/R48365