11/11/2023

Stress et Anxiété : la self-défense de Henri Laborit

Stress et Anxiété : la self-défense de Henri Laborit

L’éloge de la fuite (1) est l’ouvrage qui, avec le film d’Alain Resnais, « mon oncle d’Amérique », a fait connaître Henri Laborit (1914 – 1995) (2) au grand public. Chirurgien et neurobiologiste français, il s’oriente vers la recherche avec la découverte de plusieurs psychotropes, de techniques d’hibernation artificielle et d’anesthésie pour la chirurgie.

 

Il se passionne également pour l’étude de la biologie des comportements, ce qui lui permettra d’éclairer sous un jour nouveau de nombreux pans de l’activité humaine dans la gestion du stress et de l’anxiété. Une compréhension indispensable dans la pratique d’une self-défense consciente et éclairé.

 

Les travaux du Pr Henri Laborit ouvriront la voie aux neurosciences. Ces travaux auront marqué une étape notable dans le regard que « l’homme moderne » porte sur l’existence de son espèce, nous invitant à nous voir comme des êtres vivant comme les autres. Et en nous encourageant à ne plus chercher à vivre dans l’obsession de la recherche de dominance.

 

Homo-sapiens ne vit que pour vivre, grâce à son système nerveux qui n’a comme rôle que celui d’agir pour maintenir sa structure, grâce :

  • aux pulsions : boire, manger et se reproduire qui représentent les principales ;
  • à l’apprentissage de ce que l’extérieur modifie de nos pulsions ;
  • à ce qui permet l’apparition de l’imaginaire.

Les mammifères possèdent un cerveau limbique et compte tenu du fait que pour obtenir un objet ou un être utile, nous nous trouvons toujours en compétition avec nos semblables. Cela explique en partie que la domination hiérarchique se retrouve dans toutes les organisations sociales humaines.

 

Les moyens de domination ont évolué. Ils sont passés de la force physique simple :

  • au capital ;
  • puis par la possession des outils de production ;
  • puis par la possession d’un degré de connaissance intellectuel nécessaire afin d’inventer les outils techniques de domination que sont les armes.

Les lois sociales humaines interdisent la violence défensive

Face au stress et l’anxiété, la « self-défense » de Henri Laborit préconise de « rester normal ». Il faut donc réussir à « rester normal » par rapport à soi-même. Et pour cela, il faut toujours essayer de conserver la capacité d’agir. Tout en sachant que « Chez l'homme, les lois sociales interdisent généralement cette violence défensive. » Pr H. Laborit.

 

Quand on reçoit des coups de pied et de poing douloureux par un agresseur, nous allons adopter trois comportements caractéristiques :

  • la fuite : tous les animaux fuient, et le courage n’est qu’un apprentissage culturel. Mais encore faut-il qu’une position de repli existe et que l’on ait les moyens et la volonté. Contrairement au dictat des grands penseurs de la self-défense, la fuite est loin d’être la meilleure des solutions de survie.
  • la lutte : lors d’une situation ou le stress, l’anxiété ou le danger sont prégnant, tout animal qui ne peut fuir (sauf homo-sapiens), va se retourner et lutter avec une détermination sans faille.
  • l’inhibition de l’action : être soumis à un stress ou à de l’anxiété sans aucune autre solution que la résignation conduit à la dépression qui n’est autre qu’une forme de suicide.

La volonté d’action face à l’inhibition

Faut-il accepter l’agression physique ou la mort pour en finir, plutôt que d’endurer la douleur, l’inévitable et se relever un jour ?

 

L’essentiel réside dans la capacité de préparation et la volonté d’agir. Il ne s’agit pas de se voiler la face, mais au contraire, animé par cette volonté d’action de se préparer, de s’entraîner et de s’y ancrer.

 

L’inhibition est une voie sans issue. Elle ne fera disparaître ni le stress, ni l’anxiété. Elle ne peut ni ne doit être un choix. La pratique de la self-défense n’est qu’un moyen. Pourtant, l’ambiance actuelle est plus à la déprime qu’à l’euphorie dans nos contrées...

Activer le plaisir par la fuite ou la lutte

Lorsque nous essayons de conserver toujours la possibilité d’agir et à partir du moment où l’on a évité une punition par la fuite ou la lutte, on se fait plaisir. À ce moment-là, nous activons la zone « médial forebrain bundle », appelé plus simplement le faisceau de la récompense (3).

Vigilance et capacité d’actions

Il faut rester un vigilant car sans une réelle prise de conscience des moyens de capacités d’actions :

  • la lutte peut aboutir soit à la disparition, la destruction par le dominant, soit à une réinsertion dans un nouveau système de dominance ;
  • la fuite peut aboutir à l’usage de drogues, la psychose, le suicide dans l’imaginaire notamment l’art, l’excès.

Comme vu précédemment l’inhibition est le comportement toxique par excellence. Il met en action le système inhibiteur de l’action endocrinosympathique (SIA) qui, s’il reste durablement actif, va donner naissance au stress, à l’anxiété et aux affections pyscho somatiques (dépression, troubles du sommeil, de l’immunité, infections, cancers…).

 

Le SIA (4) est activé lorsque la lutte et la fuite apparaissent impossibles et que le choix d’un comportement ne se résume plus qu’à subir passivement. Les conséquences pathologiques de cette inhibition de l'action ont permis de comprendre à quel point un stress chronique peut devenir destructeur pour l’être humain.

 

Pour le Pr Henri Laborit, notre médecine occidentale est simplement une médecine de l’urgence, puisqu’elle ne traite que la phase finale de tout un processus pathologique causal, qu’elle méconnaît foncièrement.

Pluralisme et décloisonnement scientifique

Même si les travaux de Henri Laborit s'appuient sur la théorie du cerveau triunique de Paul MacLean. Il est impossible de ne pas rendre un vibrant hommage à ce chercheur exceptionnel.

 

Qui aura également milité pour le décloisonnement scientifique, seul garant d’une approche globale de phénomènes complexes comme le vivant.

 

Le tout est résumé dans une proposition qu’il fait dans son essai « la nouvelle grille » en 1974 : remplacer « liberté, égalité, fraternité » par :

  • conscience (des déterminismes) ;
  • connaissance (des mécanismes) ;
  • imagination (pour la survie de notre espèce).

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