02/05/2026
L’examen de la prévention du crime à l’ère des mutations sociales manifeste une transformation profonde des modèles d’action publique depuis les années 1980.
Alors que les taux de criminalité ont connu des variations historiques selon les pays, les réponses institutionnelles ont
évolué d’une logique répressive vers une approche préventive multipartite.
Cette synthèse examine trois périodes distinctes :
L’enjeu central reste la répartition des responsabilités entre l’État, le marché et la société civile.
Les fondements de la prévention de la délinquance remontent aux philosophes libéraux du XVIIIe siècle, pour qui homo prudens (l’individu rationnel) maximise son plaisir et minimise sa
peine.
Cette vision a produit deux leviers d’action :
Pendant près de deux siècles, la prévention est restée une activité technique marginale, centrée sur le « renforcement des cibles » sans considération pour l’environnement social.
La hausse de la délinquance dans les années 1960-1970 a bouleversé ce schéma. - Le constat célèbre de Martinson (1974) « rien ne fonctionne » a ébranlé l’idéal rééducatif
> Les responsables politiques de certains pays ont alors cherché de nouvelles réponses, intégrant des politiques sociales visant les causes profondes de l’infraction pénale.
Garland (1996) a théorisé un « nouveau mode de gouvernance » fondé sur une responsabilisation des acteurs non étatiques.
La circulaire interministérielle 8/1984 du Home Office déclarait ainsi :
Le rapport Morgan (1991) a préconisé une responsabilité légale des autorités locales, finalement inscrite dans le Crime and Disorder Act de 1998.
La prévention situationnelle s’appuie sur les théories des activités routinières (Cohen et Felson, 1979) et du choix rationnel (Clarke et Cornish, 1985).
Son principe :
Sous la direction de Gloria Laycock, l’unité de prévention du Home Office a publié près de 150 rapports de recherche testant ces approches.
L’exemple le plus frappant est la prolifération des caméras de vidéosurveillance.
Paradoxalement, alors que les Britanniques du XIXe siècle redoutaient l’État de surveillance « à la française », la situation s’est inversée :
Le Crime Prevention Through Environmental Design, issu des travaux de Newman (1972) sur l’espace défendable, intègre des dispositifs de contrôle dans la structure physique urbaine.
Flusty (2001) distingue deux processus rendant ces mécanismes socialement acceptables :
> L’allée grillagée, les barres aux fenêtres, les capteurs infrarouges illustrent cette banalisation de l’interdiction.
Depuis le milieu des années 1990, les pays occidentaux connaissent une baisse historique des infractions patrimoniales.
Certains chercheurs attribuent ce phénomène aux améliorations sécuritaires :
Une étude de Farrell et al. (2016) suggère que la réduction des cambriolages a entraîné celle des violences, ces dernières étant souvent liées aux délits acquisitifs.
Cependant, cette « hypothèse sécuritaire » fait débat.
L’enjeu reste entier :
Le concept de sécurité communautaire, promu par le rapport Morgan, dépasse la seule prévention situationnelle pour intégrer les dimensions sociales.
Ce cadre institutionnel visait à combiner savoirs profanes et expertise professionnelle, pour produire des solutions adaptées aux territoires.
L’influence de la thèse toujours non prouvées de la « fenêtre brisée » (Kelling et Wilson, 1982) a orienté les gouvernements travaillistes (1997-2010) vers une politique d’intolérance envers les
incivilités.
De nouveaux outils ont été déployés :
Le tournant autoritaire a culminé en 2009 avec le Single Confidence Target, mesurant la performance des partenariats à l’aune des perceptions de sécurité dans l’enquête de victimation annuelle.
Les approches développementales interviennent précocement dans les trajectoires individuelles pour prévenir l’émergence d’un potentiel infractionnel.
Van Dijk et de Waard (2009) qualifient ces dispositifs de « prévention secondaire orientée vers l’auteur », ciblant les jeunes (et leurs parents) jugés « à risque ».
L’évaluation et le profilage, dont Feeley et Simon avaient annoncé l’essor, sont devenus des instruments courants des systèmes de justice
La prévention du crime à l’ère des mutations sociales se trouve à une croisée décisive.
Trois évolutions majeures redessinent le paysage :
Ces transformations, bien qu’efficaces sur certains indicateurs statistiques, soulèvent des interrogations éthiques :
Le déplacement des infractions vers le cyberespace n’est-il qu’une nouvelle opportunité pour une adaptation situationnelle, ou signale-t-il une mutation plus profonde des comportements délictueux
?
L’avenir dépendra des choix politiques et des modèles anthropologiques sous-jacents :
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