26/02/2026
L'analyse des violences interpersonnelles létales révèle des spécificités importantes dans les méthodes employées à travers le monde.
Si les armes à feu sont prédominantes dans certaines régions, un constat s'impose pour les pays dotés d'une législation restrictive en la matière :
L'étude des homicides dans la province d'Ispahan en Iran, entre 2013 et 2015, offre un éclairage précieux sur ce phénomène.
Dans un contexte où l'accès aux armes à feu est contrôlé, l'arme blanche devient l'outil le plus fréquent lors des passages à l'acte.
Cette recherche a eu pour objectif de décrire les caractéristiques épidémiologiques et médico-légales de ces homicides, confirmant que les couteaux sont la première arme des homicides,
représentant un enjeu de santé publique et de sécurité civile spécifique, avec des profils de victimes et des dynamiques relationnelles distincts.
L'examen des 246 dossiers de homicides élucidés par le centre de médecine légale d'Ispahan met en lumière une hiérarchie très nette des moyens employés.
Ce chiffre le place très loin devant les autres méthodes.
Cette répartition valide l'hypothèse de départ :
La facilité d'accès à ces objets, couplée à leur capacité de nuisance immédiate, en fait l'instrument privilégié des affrontements.
L'analyse fine des données révèle des variations importantes dans l'usage des armes en fonction du sexe de la victime.
Les armes à feu arrivent en seconde position avec 28,5 %.
Cette différence est révélatrice de dynamiques criminelles distinctes :
On observe également que les décès par arme à feu chez les femmes sont marginaux (7,5 %), renforçant l'idée que leur exposition à ce type d'armes est moindre.
Le type d'arme utilisée est également corrélé à la nature de la relation unissant la victime à l'auteur.
Pour les homicides entre amis ou commis par des inconnus, l'arme blanche reste majoritaire (environ 50 %), mais l'usage des armes à feu augmente sensiblement (environ
24-34 %).
> Cela suggère que l'arme blanche est l'instrument universel du passage à l'acte, mais que sa combinaison avec d'autres méthodes peut indiquer un crime davantage prémédité
(pour l'arme à feu) ou davantage lié à une violence impulsive et physique (strangulation) dans le cadre intrafamilial.
La distribution par âge et par sexe des victimes d'arme blanche suit logiquement la tendance générale des homicides.
Cependant, la tranche d'âge la plus exposée est celle des 15-29 ans, qui concentre 39,5 % des victimes, suivie par les 30-44 ans (30,5
%).
> Chez les hommes, le pic de vulnérabilité se situe dans la classe des 25-29 ans.
Cette sur-représentation des hommes jeunes dans les statistiques de la mort par couteau correspond aux périodes de la vie :
Les femmes, qui constituent 27 % des victimes, présentent un profil d'âge différent.
> Les statistiques indiquent que 19 % des victimes étaient des femmes au foyer.
Le fait qu'elles soient tuées dans leur environnement domestique, souvent par strangulation ou par arme blanche, corrobore l'hypothèse d'une violence exercée par un partenaire intime.
Le mariage représente d'ailleurs le lien connu dans 12 % des cas, et la catégorie « autres » (voisins, famille élargie) dans 26 % des cas, ce qui peut inclure
des dynamiques familiales.
Au-delà du genre et de l'âge, le statut marital et professionnel des victimes dessine un portrait-robot.
Le taux d'illettrisme chez les victimes (19 %) est un marqueur social important :
Le conflit peut survenir sur le lieu de travail, dans l'espace public, ou au domicile, et l'arme blanche, toujours disponible (couteau de cuisine, outil de travail), devient l'instrument fatal des différends qui auraient pu, dans d'autres contextes, rester non-létaux.
Les données d'Ispahan confirment une tendance observée dans la région européenne et méditerranéenne, où les instruments tranchants devancent les armes à feu.
> L'étude d'Ispahan, avec 45,5 % d'armes blanches contre 22,8 % d'armes à feu, s'inscrit dans cette logique.
Ce contraste souligne l'influence déterminante de la législation et des normes culturelles sur les méthodes criminelles.
Le taux d'homicide de la province (1,7 pour 100 000 en 2015) est d'ailleurs inférieur à la moyenne nationale iranienne estimée (4,8/100 000) et
très en dessous des taux mondiaux, ce qui n'empêche pas l'arme blanche d'être le premier outil de ces violences.
L'étude s'est attachée à vérifier l'existence d'une corrélation entre les homicides et des facteurs externes comme la température ou le jour de la semaine, souvent évoquée dans la littérature.
> Il n'y a pas de différence notable entre les mois chauds (21°C en moyenne) et les mois froids (5,8°C).
De même, la répartition entre les jours de semaine et le week-end (qui inclut le vendredi, jour de prière) est presque identique.
Les auteurs de l'étude insistent sur la nécessité, pour tout chercheur, d'intégrer les spécificités culturelles et religieuses dans son analyse.
Un point fondamental soulevé par cette recherche est celui de la fiabilité des données.
Plus préoccupant encore, la discussion évoque le risque de sous-déclaration ou de mauvaise classification des homicides.
> En raison de l'interdit religieux frappant la consommation d'alcool ou le suicide, certains décès violents pourraient être enregistrés comme accidents ou causes indéterminées pour éviter la
stigmatisation des familles.
Pendant la période d'étude, la province a enregistré 4 729 décès accidentels et 832 décès de cause indéterminée.
Cette « zone grise » de la statistique rappelle que le nombre de mort par couteau officiel est un minimum, et que la réalité de l'attaque mortelle est probablement plus élevée.
Cette étude des homicides dans la province d'Ispahan en Iran fournit une démonstration claire d'un principe criminologique : la disponibilité des armes détermine les méthodes.
> Dans un pays où la possession d'armes à feu est restrictive, les couteaux sont la première arme des homicides et, sont impliqués dans près d'un cas sur deux.
Les victimes sont très majoritairement des hommes jeunes, actifs, et le geste fatal survient souvent lors d'une interaction conflictuelle, que la victime connaisse ou non son agresseur.
Les données féminines, avec une part importante de strangulation, rappellent que la violence domestique obéit à d'autres logiques.
Cette analyse, bien que limitée par l'opacité de certaines données, a le mérite de poser des bases factuelles dans un contexte où la recherche sur le sujet est rare.
Elle invite les autorités et les acteurs responsables à ne pas se focaliser uniquement sur la problématique des armes à feu, mais à considérer l'arme blanche comme un enjeu de sécurité publique à
part entière, nécessitant des politiques de prévention spécifiques, ancrées dans la réalité sociale et culturelle locale.
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