12/02/2026
Il n'existe pas, à ce jour, de données statistiques publique et continue permettant de dater avec précision le moment où les faits divers sur les agressions au couteau ont gagné en visibilité médiatique en France.
L'analyse croisée des archives télévisuelles et des discours publics permet cependant d'identifier des inflexions temporelles marquantes dans la couverture journalistique, révélant un phénomène progressif dont 2022 constitue un tournant décisif.
L'examen des archives de l'Institut national de l'audiovisuel (INA) montre une progression régulière des faits divers dans les journaux télévisés entre 2003 et 2012, passant de 1 191 à 2 062 sujets annuels.
Toutefois, ce n'est qu'à partir de 2019-2020 que les rédactions nationales commencent à traiter ces événements non plus comme des incidents isolés, mais comme un « phénomène sociétal ».
> En abreuvant l’auditoire jusqu’à plus soif, de titre alarmiste et terrorisant, alors que ce « phénomène » existait bien avant l’invention des chaînes en continu.
Entre 2019 et 2021, plusieurs titres de presse nationale structurent des dossiers bâclés thématiques autour des attaques au couteau.
Cette période marque l'adoption d'un cadre narratif nouveau, appuyé sur les mauvaises interprétations des données de l'ONDRP et de l'Insee relatives à la période 2015-2017.
Pourtant, aucun journaliste ne souligne alors l'impossibilité de quantifier précisément l'évolution des agressions au couteau, faute de recueil homogène des données policières.
L'étude INASTAT n°30 (juin 2013) documente une augmentation constante de la place des faits divers dans les journaux télévisés, représentant 6,1 % de l'offre
globale d'information en 2012 contre 3,6 % en 2003.
> Cette progression touche particulièrement les atteintes aux personnes, qui constituent plus de la moitié des sujets traités
M6 se distingue par la part la plus importante accordée aux faits divers (9,4 % de son JT en 2012), tandis qu'Arte maintient une ligne éditoriale, résolument différente avec seulement 1,1 %.
Près de 30 % des faits divers relatés en 2012 concernent des enfants ou des adolescents, soulignant une stratégie éditoriale cupide axée sur l'impact émotionnel.
Les études de l’ONDRP-Insee indiquent que, pour la période 2015-2017, les agressions à l'arme blanche représentaient environ 37 % des violences physiques dans l'espace public, soit plus de 120 victimes quotidiennes en moyenne.
> Ce chiffre devient alors le marqueur de la naissance d’un mythe statistique repris massivement à partir de 2020.
Les médias s'appuient sur ces données de 2015-2017 pour argumenter une augmentation perçue des attaques, créant un décalage entre la temporalité des chiffres et celle du débat public.
> Cette pratique illustre les défis de la transparence dans l'information sécuritaire.
À partir de 2019-2020, les rédactions nationales opèrent un glissement sémantique notable :
> Sans maîtriser quoi que ce soit dans le domaine, Le Figaro, Le Monde ou TF1 publient même des « enquêtes » sur le sujet.
Les expressions « banalisation » ou « violence quotidienne » apparaissent régulièrement dans les titres à partir de 2021, traduisant une intériorisation sociale du phénomène.
L'année 2022 marque un seuil critique dans la médiatisation des agressions au couteau, notamment après les événements douloureux d'Angers en juillet.
La sénatrice Valérie Boyer popularise ce « faux » chiffre lors de débats parlementaires, déclenchant une couverture médiatique massive.
À partir de 2022-2023, les reportages intègrent systématiquement des conseils de prévention et des témoignages de professionnels de la sécurité.
La presse généraliste continue désormais à consacrer régulièrement des dossiers aux agressions au couteau, sans jamais traiter :
L'analyse des archives médiatiques et parlementaires permet d'identifier 2022 comme l'année charnière de la hausse médiatique des faits divers au couteau.
Si une tendance ascendante s'observe dès 2019-2020, c'est bien en 2022 que s'opère une bascule dans le traitement journalistique.
Cette évolution souligne l'importance d'une transparence accrue dans la production des données statistiques, condition nécessaire à une évaluation du risque fondée sur des éléments objectifs
plutôt que sur des perceptions médiatisées fallacieuses.
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