19/06/2022
La recherche sur la théorie de l'étiquetage est toujours d’actualité, en particulier en ce qui concerne son effet sur les résultats non-criminels critiques qui exacerbent potentiellement l'implication dans la criminalité.
Qu’est-ce que la théorie de l'étiquetage ? L’idée de base est que la société construit un concept de ce qui est normal, et toute personne qui s’engage dans un type de comportement déviant est ensuite étiquetée d’une manière qui la compare à la norme.
Cette théorie est généralement utilisée pour soutenir le fait qu’une fois que cette étiquette a été appliquée à une personne, et qu’elle est reconnue et intériorisée par la personne étiquetée, alors ses actions et ses comportements sont modifiées par cette étiquette.
Cette théorie a été utilisée également pour faire valoir que d’autres continueront à considérer la personne uniquement comme un criminel, et qu’elle intériorisera cette étiquette et sera plus susceptible d’agir comme un criminel pour justifier ce phénomène.
Les chercheurs (1) ont récemment revitalisé la théorie de l'étiquetage en tant que théorie développementale du désavantage structurel.
La théorie prédit que l'intervention officielle à l'adolescence augmente la participation au crime au début de l'âge adulte en raison de l'effet négatif de l'intervention sur le niveau d'instruction et l'emploi.
L'intervention officielle auprès des jeunes a un effet positif significatif sur la criminalité au début de l'âge adulte, et cet effet est en partie influencé par les opportunités de vie telles que la réussite scolaire et l'emploi
Les conceptions de la transition vers l'âge adulte ont été examinées chez les adolescents (13 à 19 ans), les adultes émergents (20 à 29 ans) et les adultes jeunes à la quarantaine (30 à 55 ans).
Dans tous les groupes d'âge, les critères individualistes étaient les plus susceptibles d'être considérés comme des marqueurs importants de la transition vers l'âge adulte, en particulier accepter la responsabilité de ses actes, décider de ses croyances et de ses valeurs, établir une relation d'égalité avec ses parents et devenir financièrement indépendant.
Dans les trois groupes, les transitions de rôle (par exemple, le mariage) se sont classées au plus bas niveau d'importance. (2)
Cette étude (3) participe à la revitalisation de l’effet de la théorie de l'étiquetage en examinant les effets directs et indirects de l'intervention policière dans la vie des adolescents suivis jusqu'à la trentaine.
Étant donné que de tels effets ont été trouvés environ 15 ans après l'événement d'étiquetage, sur les résultats criminels et non-criminels, et après contrôle des facteurs intra-individuels, les auteurs concluent que la perspective d'étiquetage est toujours pertinente dans un cadre développemental.
Les théoriciens de l'étiquetage soutiennent depuis longtemps que les carrières et les engagements déviants se développent dans le processus d'interaction entre les individus et les agents de contrôle social. Une question cruciale dans ce processus concerne l'effet de l'étiquetage officiel sur l'orientation ultérieure d'un individu vers la délinquance.
Des facteurs tels que le niveau de délinquance de son groupe de pair et l'implication réelle dans un comportement délinquant tel que rapporté par les sujets ne semblent pas être aussi importants que les contacts avec la police pour expliquer l'orientation accrue vers la délinquance.
> Les données suggèrent également que certains sous-groupes (les hommes blancs, en particulier) sont plus sensibles aux effets de l'étiquetage que d'autres.
La théorie de l'étiquetage a toutefois ses limites. Des critiques lui ont été adressées dès les années 70 relevant son incapacité à expliquer la déviance primaire. En effet, il a été montré que les délinquants persistants présentent des caractéristiques particulières avant l'intervention judiciaire.
De plus les perspectives interactionnistes paraissent trop extrêmes dans leur relativisme (aucun comportement ne serait en soi répréhensible) mais aussi trop déterministes dans le sens où le phénomène de l'étiquetage explique à lui seul la trajectoire déviante du sujet stigmatisé indépendamment de la stabilité de son image de soi avant le début du processus.
Sans compter que pour l'interactionnisme le contrôle social est conçu comme favorisant et amplifiant la déviance, alors que son impact dissuasif a peu été pris en considération... » (5)
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Sources :
(1) LABELING, LIFE CHANCES, AND ADULT CRIME: THE DIRECT AND INDIRECT EFFECTS OF OFFICIAL INTERVENTION IN ADOLESCENCE ON CRIME IN EARLY ADULTHOOD. JÖN GUNNAR BERNBURG,MARVIN D. KROHN https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1745-9125.2003.tb01020.x
(2) Conceptions of the Transition to Adulthood: Perspectives From Adolescence Through Midlife
Jeffrey Jensen Arnett https://link.springer.com/article/10.1023/A:1026450103225
(3) Labeling and Cumulative Disadvantage: The Impact of Formal Police Intervention on Life Chances and Crime During Emerging Adulthood. Giza Lopes, Marvin D. Krohn, Alan J. Lizotte, Nicole M. Schmidt, Bob Edward Vásquez
Bob Edward Vásquez, Jón Gunnar Bernburg. https://journals.sagepub.com/doi/full/10.1177/0011128712436414
(4) The Effects of Legal Processing on Delinquent Orientations. Suzanne S. Ageton, Delbert S. Elliott https://academic.oup.com/socpro/article-abstract/22/1/87/2925128?redirectedFrom=fulltext&login=false
(5) Apport de la théorie de l'étiquetage à la criminologie : une rupture épistémologique http://theses.univ-lyon2.fr/documents/getpart.php?id=lyon2.1999.jbriefer&part=7841