08/03/2026
La question de la sécurité publique encouragé par la presse et les lobbyistes pousse de nombreuses municipalités à envisager l’installation de caméras de
surveillance.
Face à cette demande de sécurité légitime, cet investissement technologique apparaît comme une réponse évidente.
Au vu des éléments statistiques et financiers, l'installation d'un système de vidéosurveillance présente les caractéristiques d'un investissement à rendement totalement décroissant :
Ce rapport, en sources ouvertes, propose de montrer en détail les arguments contre les caméras de surveillance, en s’appuyant sur des données chiffrées pour tenter d’éclairer la décision citoyenne.
L’argument principal en faveur de la vidéoprotection est son effet dissuasif.
Une méta-analyse de référence (Campbell Systematic Reviews) indique que la réduction moyenne de la criminalité dans les espaces publics équipés est de 16 %.
> Lorsque l’on isole les données pour les espaces publics ouverts (rues, places), ce taux descend aux alentours de 7 %, un niveau que certaines études considèrent comme statistiquement non discriminant.
Les enquêtes de l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales (ONDRP) confirment cette tendance.
Les violences, souvent impulsives ou liées à la consommation d’alcool, ne sont pas freinées par la présence d’une caméra.
La moitié de la population française réside dans des communes de moins de 10 000 habitants, qui représentent 97 % du nombre des communes :
> Une réduction hypothétique de 7 % représenterait donc moins de 7 délits évités chaque année.
Une variation si faible peut être attribuée aux simples fluctuations statistiques, rendant l’efficacité réelle du dispositif quasi impossible à prouver sur la durée.
La vidéosurveillance ne fait pas disparaître la délinquance ; elle tend à la déplacer.
Dans environ 40 % des cas étudiés lors de l’implantation de systèmes en périphérie urbaine, on observe un transfert géographique des activités délictuelles.
> Les auteurs contournent les zones dites « chaudes » pour reporter leurs actes sur les axes adjacents dépourvus de protection visuelle.
Pour une municipalité de taille modeste, l’ambition d’une couverture intégrale du territoire (ruelles, sorties de ville, espaces verts) se heurte obligatoirement à des obstacles financiers.
Ce phénomène génère un sentiment de sécurité trompeur pour une partie de la population, alors que le danger est simplement redistribué ailleurs, sans être réduit dans sa globalité.
Le coût réel d’un parc de caméras dépasse de loin le simple prix d’achat du matériel. L’analyse financière d’un tel projet pour une ville moyenne révèle un retour sur investissement
négatif.
Dépenses d’installation (CAPEX) :
Frais de fonctionnement (OPEX) :
À cela s’ajoute un poste de dépense déterminant : la surveillance humaine. Un système non supervisé en direct perd toute sa portée préventive.
En additionnant ces charges (260 000 € par an avec surveillance humaine), et en les rapportant aux 7 délits potentiellement évités, on obtient un coût exorbitant proche de 37 000 € par infraction évité.
L’affirmation selon laquelle « les caméras aident à identifier les coupables » mérite d’être confrontée aux chiffres d’exploitation réels.
Parmi ces rares cas exploités, l’identification formelle d’un auteur grâce à la seule image vidéo reste un événement peu fréquent.
La qualité des prises de vue, souvent dégradée de nuit ou par mauvais temps, et l’usage fréquent de cagoules par les auteurs limitent la portée judiciaire des enregistrements.
Par ailleurs, le temps passé par les forces de l’ordre à visionner des heures de bandes vidéo gaspille des ressources d’enquête au détriment d’autres méthodes d’investigation.
Le budget alloué à la vidéosurveillance représente un coût d’opportunité. Ces crédits ne sont pas disponibles pour d’autres actions de prévention dont l’efficacité est mieux documentée
L’amélioration de l’éclairage public constitue une alternative crédible.
De même, le financement d’actions de préférence sociale (médiateurs, soutien scolaire, animation jeunesse) agit réellement sur les causes profondes de la délinquance et favorise la cohésion sociale sur le long terme, un résultat que la surveillance passive par caméras ne peut pas offrir.
L’examen des données disponibles dessine un portrait contrasté de la vidéoprotection.
L’efficacité dissuasive réelle sur les espaces ouverts est faible, l’effet de déplacement géographique est avéré, et le coût annuel par délit évité atteint des sommets difficilement justifiables.
Face à ces constats, les arguments contre les caméras de surveillance sont indéniables.
Réorienter les investissements vers l’amélioration de l’éclairage public ou le renforcement du lien social apparaît comme une voie beaucoup plus utile pour construire un sentiment de sécurité durable et partagé.
Derrière chaque gang une fille en danger Peu importe le pays, derrière chaque gang, une fille en danger se trouve souvent une victime d’exploitation, dépourvue de politiques publiques adaptées...
Pourquoi certains jeunes basculent plus tôt dans le crime ? Une piste de réponse réside dans le parcours éducatif des jeunes...
Sources :
- https://hal.science/hal-04875204v1/file/210916_Etude%20Gendarmerie%20sur%20la%20vid%C3%A9oprotection%20et%20l%27%C3%A9lucidation%20VF.pdf
- https://www.campbellcollaboration.org/review/effects-of-closed-circuit-television-surveillance-on-crime/
- https://www.vie-publique.fr/rapport/30778-lefficacite-de-la-videoprotection