10/07/2026
Dans les pays industrialisés, les statistiques policières constituent la référence officielle pour mesurer la violence.
Une part considérable des violences, y compris celles entraînant des blessures, échappe aux registres des forces de l'ordre.
Les services d'urgence hospitaliers, par leur position d'observation privilégiée, détiennent une vision complémentaire de cette réalité occulte.
Cette approche, expérimentée au Pays de Galles, dessine les contours d'une stratégie de prévention novatrice fondée sur le croisement des regards médical et judiciaire.
Les recherches menées tant au niveau national qu'international attestent de l'ampleur de la sous-déclaration des violences avec blessures.
> Ce constat rejoint les résultats des enquêtes britanniques sur la criminalité, qui permettent de confronter les déclarations des ménages avec les données officielles.
Une étude menée aux États-Unis indique que 54 % seulement des agressions traitées dans un service d'urgence font l'objet d'un enregistrement par la police.
À Bristol, une recherche portant sur les patients des urgences a mis en évidence des disparités dans l'enregistrement :
Ces résultats, associés à des variations selon le jour et l'heure des incidents, éclairent les besoins de changement globales des stratégies de prévention.
Aux États-Unis, des comparaisons systématiques entre données des urgences et registres policiers ne sont pas réalisées.
Les comparaisons montrent également que des infractions avec blessures très graves peuvent ne pas être enregistrées.
> La sévérité des blessures ne constitue pas un facteur prédictif de l'enregistrement policier.
La proposition d'utiliser les données des urgences repose sur six arguments structurants.
> Enfin, elles offrent un ensemble de mesures compatibles avec d'autres sources, comme l'enquête britannique sur la criminalité.
Le recours aux données médicales répond à une carence des registres policiers.
Cette position particulière confère aux données hospitalières un rôle de complément indispensable pour une stratégie préventive efficace.
> L'information recueillie lors de la prise en charge des victimes permet de documenter des incidents qui, sans cette intervention, demeureraient totalement absents des statistiques
officielles.
L'approche collaborative a été expérimentée et évaluée dans le sud du Pays de Galles par le Cardiff Violence Prevention Group.
Ce groupe de travail multi-agences réunit :
Citée comme exemple de bonne pratique dans le Crime and Disorder Act de 1998 et dans une revue gouvernementale récente des statistiques criminelles, cette initiative repose sur le partage mensuel
avec la police de données agrégées et non confidentielles concernant les zones à risque où des blessures sont constatées.
Cette approche a permis de concentrer l'action policière sur des établissements spécifiques, en ajustant la gestion de la consommation d'alcool en fonction des données hospitalières.
La proposition d'utiliser les données de blessures des urgences s'inscrit dans le cadre législatif établi par le Crime and Disorder Act de 1998.
Il offre aux services d'urgence la possibilité de partager des données avec d'autres agences, parallèlement à leur mission de soin des victimes d'agressions.
Au-delà de l'aide apportée aux actions locales, cette approche a permis d'identifier et de modifier l'un des instruments les plus utilisés dans les agressions au Royaume-Uni :
Les données existantes des urgences ont également servi à évaluer l'effet des caméras de vidéosurveillance urbaine sur la violence.
Cette approche intégrée a été utilisée dans d'autres pays et pour d'autres types de blessures.
Aux États-Unis, la sous-déclaration des accidents de la route à la police a conduit à la mise en place de systèmes d'enregistrement intégrés, comme le Fatality Analysis Reporting System.
Tout système de surveillance comporte ses limites.
La mise en place d'un enregistrement systématique des données essentielles, généralement effectué par le personnel d'accueil dès l'arrivée de la victime, nécessite des conditions techniques
précises.
L'enregistrement confidentiel des patients dans les services d'urgence constitue un prérequis important.
> Les évaluations doivent porter non seulement sur les résultats en matière de blessures, mais aussi sur les processus que les communautés locales peuvent adopter pour assurer une coordination
efficace des services.
Une perspective médicale de la violence, combinée au regard traditionnel des forces de l'ordre, commence à produire des résultats.
> L'intégration des données hospitalières et policières, déjà expérimentée dans divers contextes, ouvre la voie à une connaissance plus fine des violences et à des actions de prévention mieux ciblées.
Pourquoi la France ne mesure pas l’effet des éducateurs de rue Aucune évaluation nationale ne mesure aujourd'hui, en France, l'effet de la prévention spécialisée sur la délinquance ou la résolution des conflits quotidiens...
Sources :
- https://www.bmj.com/content/321/7275/1481
- https://www.nhtsa.gov/research-data/fatality-analysis-reporting-system-fars
- https://cardiffpartnership.co.uk/wp-content/uploads/2025/07/Cardiff-Without-Violence%E2%80%93Framework-English-Final-Proof.pdf
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC1112811/
- https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/002580248902900311?icid=int.sj-abstract.similar-articles.2
- https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10577400/