10/07/2026

Les hôpitaux révèlent la violence que la police ne voit pas

Les hôpitaux révèlent la violence que la police ne voit pas

Dans les pays industrialisés, les statistiques policières constituent la référence officielle pour mesurer la violence.

  • Pourtant, cette mesure s'avère incomplète

Une part considérable des violences, y compris celles entraînant des blessures, échappe aux registres des forces de l'ordre.

Les services d'urgence hospitaliers, par leur position d'observation privilégiée, détiennent une vision complémentaire de cette réalité occulte.

  • L'analyse des données de blessures traitées aux urgences propose une mesure de la violence grave indépendante des indicateurs policiers, souvent imprécis ou incomplets

Cette approche, expérimentée au Pays de Galles, dessine les contours d'une stratégie de prévention novatrice fondée sur le croisement des regards médical et judiciaire.

Les limites des seules données policières

Un phénomène de sous-déclaration documenté

Les recherches menées tant au niveau national qu'international attestent de l'ampleur de la sous-déclaration des violences avec blessures.

  • L'enquête de victimisation internationale de 1996, qui a couvert 11 pays industrialisés, révèle que le taux médian de signalement des infractions violentes s'élève à 39 %, avec des variations allant de 18 % à 51 %
  • Au Royaume-Uni, seuls 25 % à 50 % des infractions conduisant à une prise en charge aux urgences figurent dans les registres policiers

> Ce constat rejoint les résultats des enquêtes britanniques sur la criminalité, qui permettent de confronter les déclarations des ménages avec les données officielles.

Les limites des données policières
Les limites des données policières

Des lacunes dans l'enregistrement des violences

Une étude menée aux États-Unis indique que 54 % seulement des agressions traitées dans un service d'urgence font l'objet d'un enregistrement par la police.

À Bristol, une recherche portant sur les patients des urgences a mis en évidence des disparités dans l'enregistrement :

  • Les agressions concernant des hommes et celles survenant dans les bars, discothèques et voies publiques sont moins souvent répertoriées par la police que les agressions sur des femmes ou dans d'autres contextes

Ces résultats, associés à des variations selon le jour et l'heure des incidents, éclairent les besoins de changement globales des stratégies de prévention.

Comparaisons internationales et constats

Aux États-Unis, des comparaisons systématiques entre données des urgences et registres policiers ne sont pas réalisées.

  • Toutefois, l'enquête nationale de victimisation criminelle indique que les taux de blessures infligées par des proches sont 4 fois plus élevés que les taux signalés à la police

Les comparaisons montrent également que des infractions avec blessures très graves peuvent ne pas être enregistrées.

> La sévérité des blessures ne constitue pas un facteur prédictif de l'enregistrement policier.

Pourquoi intégrer les données hospitalières ?

Six arguments en faveur de l'approche médicale

La proposition d'utiliser les données des urgences repose sur six arguments structurants.

  • Premièrement, les données de blessures fournissent une mesure de la violence grave indépendante des indicateurs policiers, dont les insuffisances sont documentées
  • Deuxièmement, l'enregistrement des blessures traitées aux urgences offre un potentiel de couverture large de la violence communautaire grave
  • Troisièmement, ces données apportent aux services de police des informations locales utiles : lieu, horaire, arme utilisée, type d'incident, relation avec l'agresseur
  • Quatrièmement, elles constituent un nouvel indicateur de performance pour les forces de l'ordre
  • Cinquièmement, les données de blessures intègrent des informations sur l'évolution de l'état de la victime, absentes des rapports policiers

> Enfin, elles offrent un ensemble de mesures compatibles avec d'autres sources, comme l'enquête britannique sur la criminalité.

Une couverture élargie de la violence communautaire

Le recours aux données médicales répond à une carence des registres policiers.

  • Les services d'urgence constituent souvent le seul service public informé des nombreuses infractions violentes

Cette position particulière confère aux données hospitalières un rôle de complément indispensable pour une stratégie préventive efficace.

> L'information recueillie lors de la prise en charge des victimes permet de documenter des incidents qui, sans cette intervention, demeureraient totalement absents des statistiques officielles.

Un cadre légal et des exemples concrets

Le modèle du Cardiff Violence Prevention Group

L'approche collaborative a été expérimentée et évaluée dans le sud du Pays de Galles par le Cardiff Violence Prevention Group. 

Ce groupe de travail multi-agences réunit :

  • Les services d'urgence
  • La police
  • Les autorités locales
  • Le secteur associatif
  • Les professionnels de santé mentale
  • Et les juristes

Citée comme exemple de bonne pratique dans le Crime and Disorder Act de 1998 et dans une revue gouvernementale récente des statistiques criminelles, cette initiative repose sur le partage mensuel avec la police de données agrégées et non confidentielles concernant les zones à risque où des blessures sont constatées.

Cette approche a permis de concentrer l'action policière sur des établissements spécifiques, en ajustant la gestion de la consommation d'alcool en fonction des données hospitalières.

Un fondement législatif pour le partage d'informations

La proposition d'utiliser les données de blessures des urgences s'inscrit dans le cadre législatif établi par le Crime and Disorder Act de 1998.

  • Ce texte place les autorités sanitaires, la police et les collectivités locales au centre de la prévention de la criminalité

Il offre aux services d'urgence la possibilité de partager des données avec d'autres agences, parallèlement à leur mission de soin des victimes d'agressions.

Résultats probants et applications variées

Au-delà de l'aide apportée aux actions locales, cette approche a permis d'identifier et de modifier l'un des instruments les plus utilisés dans les agressions au Royaume-Uni :

  • Les verres de bar

Les données existantes des urgences ont également servi à évaluer l'effet des caméras de vidéosurveillance urbaine sur la violence.

Cette approche intégrée a été utilisée dans d'autres pays et pour d'autres types de blessures.

  • Dans le Massachusetts, le croisement des données policières et hospitalières a permis de développer un système complet de suivi des blessures par arme

Aux États-Unis, la sous-déclaration des accidents de la route à la police a conduit à la mise en place de systèmes d'enregistrement intégrés, comme le Fatality Analysis Reporting System.

Croisement des données pour la prévention
Croisement des données pour la prévention

Bénéfices, limites et perspective d'avenir

Reconnaître les défis du système

Tout système de surveillance comporte ses limites.

  • La fréquentation des urgences pour des blessures mineures dépend notamment de la proximité de l'incident avec un hôpital

La mise en place d'un enregistrement systématique des données essentielles, généralement effectué par le personnel d'accueil dès l'arrivée de la victime, nécessite des conditions techniques précises.

L'enregistrement confidentiel des patients dans les services d'urgence constitue un prérequis important.

> Les évaluations doivent porter non seulement sur les résultats en matière de blessures, mais aussi sur les processus que les communautés locales peuvent adopter pour assurer une coordination efficace des services.

Une synergie bénéfique pour la sécurité publique

Une perspective médicale de la violence, combinée au regard traditionnel des forces de l'ordre, commence à produire des résultats.

  • Sur la base d'un cadre éthique solide protégeant les intérêts des patients, cette approche constitue une avancée rationnelle vers des communautés plus sûres et plus justes

> L'intégration des données hospitalières et policières, déjà expérimentée dans divers contextes, ouvre la voie à une connaissance plus fine des violences et à des actions de prévention mieux ciblées.


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