19/12/2025
Le mythe de la victime qui devient agresseur constitue l'une des croyances les plus enracinées dans l'imaginaire collectif moderne.
Cette conviction populaire suppose que les enfants victimes d'abus sexuels reproduiront inévitablement la maltraitance auprès de leurs propres enfants à l'âge adulte.
Cette distinction entre le mythe persistant et la réalité empirique demeure essentiellement importante dans le domaine des violences sexuelles, car elle influence directement la manière dont la
société traite les survivants et conçoit les stratégies de guérison et de prévention.
> Comprendre les véritables mécanismes du comportement agresseur s'avère bien plus important que de perpétuer des stéréotypes nocifs qui stigmatisent les survivants et fausse
notre compréhension du cycle de la violence.
L'étude la plus complète jamais menée sur cette question a été conduite par Cathy Spatz Widom et ses collègues, publiée en 2015 dans la revue Science.
L'équipe a ensuite évalué si ces enfants maltraités, devenus adultes, reproduisaient la maltraitance envers leurs propres enfants.
Les résultats démontrent de manière concluante que seul 21,4 % des adultes ayant des antécédents documentés d'abus ou de négligence ont été signalés aux services de protection de
l'enfance pour maltraitance envers leurs propres enfants, comparativement à 11,7 % du groupe témoin.
Bien que ce chiffre de 21,4 % soit plus élevé que celui du groupe témoin, il implique aussi que 78,6 % des victimes d'abus ou de négligence documentés ne
reproduisent pas de maltraitance envers leurs enfants.
Cette distinction statistique demeure fondamentale :

L'étude de Widom a également révélé des différences importantes selon le type spécifique de maltraitance.
Cette absence statistique suggère que la transmission de l'abus physique n'est pas soutenue empiriquement, contrairement à ce que la croyance populaire laisse supposer.
> Plus de 92 % des individus avec antécédents d'abus sexuel ne sont pas signalés pour abus sexuel envers leurs enfants.
Cette données essentielle révèle que le cycle de la majorité des victimes d'abus sexuels parvient à briser, établissant qu'il est incorrect de présumer une transmission automatique.
L’élément crucial que l'étude de Widom a examiné est le biais de détection ou de surveillance :
Cela suggère que les systèmes de protection de l'enfance peuvent exercer une surveillance plus étroite sur les parents ayant des antécédents de maltraitance, ce qui augmente mécaniquement la
probabilité de détection.
Cette découverte est particulièrement terrible pour ces familles :
Lorsque les chercheurs ont examiné les auto-rapports des parents eux-mêmes concernant leur propre comportement, les résultats se sont avérés différents.
Les adultes avec antécédents d'abus ou de négligence ne rapportaient pas plus d'abus physique ou sexuel envers leurs enfants que le groupe témoin.
Cette divergence entre les données officielles et les auto-rapports soulève une question fondamentale :
> Sur des différences réelles de comportement ou des différences dans les taux de détection et la surveillance ?
Avant l'étude de Widom, la majorité des recherches sur la transmission
intergénérationnelle utilisaient des méthodologies rétrospectives, dans lesquelles les chercheurs identifiaient d'abord une population de parents abusifs, puis interrogeaient
rétrospectivement ces parents sur leurs propres antécédents de maltraitance.
Cette approche introduit un biais de sélection systématique :
Pourquoi ce biais méthodologique s'avère-t-il si crucial ?
> Parce que les conclusions tirées de ces études anciennes surestimaient radicalement la probabilité de transmission, créant un mythe scientifiquement fragile devenu pourtant culturellement
dominant.
L'étude de Widom a surmonté ce biais méthodologique en utilisant un design de cohorte prospective, où les enfants ont d'abord été sélectionnés en fonction de leurs antécédents d'abus documentés ou de l'absence de tels antécédents dans le groupe témoin, puis ont été suivis pour observer les résultats ultérieurs.
Une recherche ultérieure a identifié que parmi les individus ayant des antécédents de maltraitance, ceux qui développent des relations intimes saines et stables avec des partenaires montrent des risques significativement réduits de perpétuer la maltraitance.
> Ces découvertes suggèrent que la transmission intergénérationnelle n'est pas déterministe, mais est plutôt modulée par les contextes sociaux et relationnels dans lesquels les individus
vivent et se développent.
La présence de figures d'attachement positives et de réseaux sociaux bienveillants s'avère déterminante pour comprendre pourquoi le cycle de transmission peut être interrompu.
Les données indiquent que des services de soutien parental précoce, d'éducation à la parentalité et d'intervention psychothérapeutique peuvent réduire considérablement le risque de transmission.
Le mythe persistant que les victimes d'abus sexuels deviendraient des agresseurs crée un stigma inadmissible pour les survivants.
Ce stigma peut :
> La littérature scientifique établit que ce phénomène de victimisation secondaire amplifie les conséquences traumatiques initiales, entravant la guérison psychologique et sociale des
survivants.
En perpétuant cette croyance, la société fabrique involontairement des barrières psychologiques supplémentaires pour les victimes déjà fragilisées, renforçant un cycle de silence et d'isolement
qui favorise paradoxalement d'autres formes de victimisation
Le mythe a également des implications directes pour l'administration de la justice :
Cela revêt une importance capitale pour les acteurs du système judiciaire, car elle illustre comment les mythes non fondés peuvent miner les efforts légitimes de protection des victimes.
> L'utilisation stratégique de ces stéréotypes dans les salles d'audience constitue une forme de violence symbolique supplémentaire, transformant le mythe en outil judiciaire contre les
survivants.
Les preuves scientifiques accumulées au cours des trois dernières décennies, particulièrement la recherche prospective longitudinale majeure de Widom et al. (2015), démontrent de manière
concluante que le mythe de la victime qui devient agresseur est fondamentalement inexact.
Bien que les individus avec antécédents d'abus ou de négligence présentent un risque statistiquement accru de perpétuer la maltraitance (environ deux fois plus élevé que le groupe témoin
appareillé), la majorité absolue (78,6 %) ne reproduisent pas cette maltraitance.
Cette compréhension plus précise des données scientifiques permet une approche plus humaine et plus efficace de la prévention des violences sexuelles, qui reconnaît la résilience des victimes et
explique les véritables mécanismes du comportement agresseur plutôt que de perpétuer des stéréotypes nuisibles.
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Sources :
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- https://journals.sagepub.com/doi/pdf/10.1177/25166069211060091
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- https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13552600.2024.2332933#abstract
- https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10773659/
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