06/06/2020

Comment se défendre : la réalité des bagarres de rue

Comment se défendre : la réalité des bagarres de rue

Tout en sachant que la notion de « réalité des bagarres de rue » n’est pas réellement définie, cela s’avère au préalable utopique de vouloir tenter d’apporter des réponses. Bagarre : « querelle avec échange de coups provoquant une mêlée tumultueuse et confuse » (1). Elles se déroulent « entre deux personnes ou des groupes de personnes ».

 

Contrairement aux sports de combat, les participants d'un combat ritualisé ou non sont susceptibles d'utiliser des armes et de combattre sans règles » (2). « Comment se défendre » est une chose, « la réalité » en est une autre.

 

Qui pourrait apporter légitimement des réponses à ce questionnement ? Tout en sachant que les personnes très expérimentées dans tous les domaines « de rue » ne représentent qu’une infime quantité de la population.

 

Avoir vécu dans des environnements « à risque » dès son plus jeune âge est une expérience non-négligeable, ainsi qu'avoir été exposé à la violence sous différents formes lors de métiers de sécurité privé, en est une autre… Tout un chacun pourrait très justement avoir sa réponse. Mais elle ne peut englober tous les éléments de réponse nécessaire.

  • Le généraliste. Un généraliste ne s’enferme pas dans une voie une fois pour toute. Il ne fait pas d'école, car il n’existe pas d’école du « généralisme ». Bien qu'il ne plonge pas aussi profondément dans les sujets que le spécialiste, la force d'un généraliste est de bien connaître une grande variété de connaissances dans son secteur. Il ne connaît pas moins de choses qu’un spécialiste, mais les choses qu’il connaît ne sont pas forcément approfondies. Il sait quelque chose sur tout, mais pas tout sur quelque chose.
  • Le spécialiste. Le spécialiste se concentre sur un travail distinct pour un domaine ou un secteur bien défini. Ses connaissances sont spécifiques mais très approfondies. En bref, le spécialiste s'aient tout sur quelque chose, mais pas quelque chose sur tout dans un domaine défini.
  • L’expert. L’expert « a un CV », qui de ce fait, est censé lui procurer une opinion juste dans un champ de compétences. Un expert peut être un généraliste ou un spécialiste. C’est une fonction sociale souvent employée à tort et à travers pour justifier les décisions de ceux qui se placent au-dessus des autres.

Se spécialiser, pour se défendre de la réalité, est un gage de qualité

Sans chercher à devenir l’un des trois, accompagné par la force de travail, la remise en question perpétuelle et encadré par la méthode scientifique, il est possible de se spécialiser. Il peut être même en soi un gage de qualité dans la transmission de certaines connaissances.

 

A partir d’un certain niveau d’acquisition de connaissance, qui s’avère non réfutable, réplicable et applicable à l’ensemble d’une masse d’individus des plus hétéroclite, il est nullement nécessaire de passer une agrégation pour avoir une « expérience » à transmettre aux générations suivante.

 

En regardant avec recul et bienveillance la situation de l’enseignement de l’auto-défense actuelle, force est de constater qu’elle cadre exactement avec la société de sur-consommation dans laquelle nous sommes engluées actuellement.

 

Nous voulons tout et tout de suite, il faut consommer toujours plus, et obtenir des résultats le plus rapidement possible. Les systèmes d’auto-défense sont devenus de simples produits de consommation comme les autres. Les personnes souhaitant « apprendre » sont des consommateurs à satisfaire a qui est vendu un produit (marketing, logo, communication…). Le tout saupoudré de 5G.

Une formation continue à « la réalité des bagarres de rue » se doit de se décomposer en plusieurs phases d’apprentissage : savoir, savoir faire et savoir être. L’un ne va pas sans l’autre et le « reste » n’est qu’un leurre. L'humain contemporain, comme l'était son ancêtre, est entièrement équipé pour faire face à toutes sortes d'événements inattendus et violents. Il détient des ressources innées et/ou acquises tout au long de son évolution en tant qu'espèce animale.

 

En théorie, l'humain actuel, fort des expériences transmises par ses aïeux devrait être capable de faire face avec succès à toutes sortes de violence, pourtant en pratique il n'en est rien. Si ce n’est le temps à y consacrer, il n’y a pas de recettes miracle pour apprendre à se protéger.

 

Sinon, il ne vous reste plus qu’aller dans la rue et vous battre, afin d’acquérir le maximum d’expérience. L’intention de cet écrit est justement d'expliquer, le plus simplement possible, le fonctionnement de nos comportements, qui sont générés par une multitude d’impondérables réaction corporelles induis par notre cerveau lors d'une agression. Ni plus, ni moins.

En tant que mammifère, à poids égal, l'homme est physiquement « le plus défavorisé par la nature ». Parmi les espèces animales, ses armes naturelles et ses capacités physiques sont insignifiantes. La bipédie limite notre vitesse en cas de fuite et expose nos organes vitaux lors des affrontements. Nous sommes devenus au fil du temps de très grands marcheurs, et non des coureurs de fond, ni des sprinteurs. Ce qui nous aura permis de coloniser la surface du globe, mais qui pose des fortes interrogations sur notre simple capacité à fuir.

 

Après l’évitement, la fuite étant le principal et meilleur moyen de survie pour quantité d’animaux. « Sa bipédie limite sa vitesse de fuite et expose dangereusement la quasi-totalité de ses organes vitaux : yeux, gorge, cœur, ventre, testicules, seins, n'attendant manifestement que le coup, la saisie ou la morsure »... « si notre évolution ne nous avait pas dotés d'un cerveau « nouveau », suffisant créatif pour inventer des prothèses (des armes) et pour cogiter des stratégies de protection et de repli... il est probable que nous ne serions pas là. Nous ferions partie des 98 % des espèces animales qui s'éteignirent depuis l'apparition de la vie sur la terre ». Saiko Fujita, Henri Plee (3).

La chute au sol dans la bagarre de rue

Face ou confronté à un danger, le cerveau et le corps mobilisent instinctivement la réponse de stress d'urgence, préparant l'individu à agir : « Fuir, combattre ou se soumettre » (5). Dans la majorité des cas personne n’a même connaissance du dernier atavisme, qui est de « se cacher ».

 

Voilà les termes usité qui définissent nos comportements lors d’une agression. Concernant « se soumettre », en éthologie il y a encore peu de temps (et toujours pour certain croyant), il allait malheureusement de soi que les loups et d'autres animaux vivaient sous la domination du plus fort et devait se soumettre afin de maintenir la stabilité du groupe.

 

Aujourd’hui, rien n’est moins sûr, et si les hommes, eux, s'imposent des chefs, ça n’est indubitablement pas une loi naturelle. La loi du plus fort n'est qu'une construction mentale et sociétale humaine. De surcroît les projeter sur d’autres animaux sans plus y réfléchir que cela n’est tout simplement que de l’anthropomorphisme : « tendance à se représenter toute réalité comme semblable à la réalité humaine » (4).

L’éthologie est l’étude du comportement animal dans son milieu naturel et/ou en milieu expérimentale. Sensiblement réservée aux animaux non-humains, cette science des comportements possède de nombreux outils et avantages dans l’observation des comportements humains.

 

Qu’en est t’il du comportement des milliers de fois observé, qui consiste à tomber au sol (ou effondrement musculaire) sur le dos ou le flanc lors d’une bagarre de rue, en se protégeant la tête avec les deux bras ? Il y a de nombreuses questions comportementales et physiologiques à se poser sur ce sujet. Sauf qu’à ce jour personne ne s’est encore penché sur ce comportement récurent et il n’existe aucune documentation scientifique.

 

À partir d’un certain niveau de confrontation à la violence, il monte ses bras pour protéger son visage, se tourne et chute en position fœtale. Ce comportement est récurant et ne peu pas se rapprocher de la « soumission ». La chute musculaire de sidération psychique. « J’étais à l’extérieur de mon corps, je ne pouvais rien contrôler, je voyais la scène de l’extérieur. » Dans la vidéo suivante, les deux jeunes hommes se soumettent ils ?

 

Ou tétanisé pas la peur et la violence des coups, ils ne peuvent même plus penser tout court. Cet état de « sidération psychique » de l’individu au premier plan, est-il de la « soumission » ou une réponse documenté (6), de survie comportementale lié et induit par des milliers d’années de sélection ?


La chute par peur de prendre des coups

Lors du déclenchement d’une bagarre de rue nombre d’humain baisse la tête afin d’éviter de prendre des coups. N’ayant pas de point de repère visuel avec leur adversaire et du fait que 2/3 de notre poids est situer sur le haut du corps, il chute très rapidement au sol. Dû à ce déséquilibre, il se retrouve au sol en danger...etc

La réalité des bagarres de rue

Une formation à la connaissance de ses réactions corporelle, afin de savoir comment se défendre et de la réalité des bagarres de rue, est nécessaire pour toutes personnes qui n’ont jamais été confronté à la violence. L’appréhension de la peur, la peur, l'angoisse et le stress, précédant une confrontation ou une agression même aiguë sont atténuée chez les sujets à qui on explique le fonctionnement du cerveau, du système nerveux, des mécanismes de la peur, de l’état de sidération psychique et de l'inhibition de l'action. Mieux encore, il semble que les capacités de défenses mentales et physiques, s'en trouvent libérées et augmentées.

Aucun changement ne peut intervenir par la seule technique, aucun système d’auto-défense, aussi efficace soit-il ne peut transformer un humain englué dans ses conditionnements socio-culturels de dépendance, en un humain capable de défendre sa vie en situation de stress réel.

 

Le stress est communément associé à des sensations négatives alors qu'il peut également provoquer des ressentis positifs. Son rôle est de permettre à notre corps d'affronter un danger réel ou supposé et de trouver la stratégie de survie adaptée. Le caractère bienfaisant ou néfaste du stress dépend de l'efficacité et de la qualité de l'adaptation de la personne à celui-ci.

Les moteurs de notre vie sont le stress et l'anxiété

Le stress et l'anxiété font partie de la vie, ils en sont même le moteur quand ils nous poussent à agir et à nous dépasser, mais ils peuvent également être ressentis comme un handicap, car ils nous empêchent physiologiquement de pouvoir réagir de façon appropriée. Il est creux d’apprendre une gesticulation sportive dite de « self-défense » sans action d’entraînement sur le cerveau et plus particulièrement sur le système nerveux. Il est possible de déguiser un agneau en loup, avec une ceinture de couleur autour de la taille, il n'en restera pas moins un agneau.


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Sources :

(1) https://www.cnrtl.fr/definition/bagarre
(2) https://fr.wikipedia.org/wiki/Combat_de_rue
(3) L'art sublime et ultime des points vitaux. Budo Editions, Saiko Fujita, Henri Plee
(4) https://www.cnrtl.fr/definition/anthropomorphisme
(5) Dépasser la dissociation d'origine traumatique : Soi fragmenté et aliénation interne. Janina Fisher. Éditions Deboeck supérieur
(6) https://www.atma-hypnose.ch/la-sideration-psychique/