Comment lutter contre ce phénomène de société ?

Solutions contre la violence de rue : l’urbanisme

Les solutions contre la violence de rue et l’incidence de l’urbanisme semblent être les critères les moins bien étudiés. La violence de rue est par principe une notion difficile à définir, car la définition est dès lors toujours relative. Chaque société ayant ses propres repères dont découle la frontière entre ce qui est légitime et illégitime. Elle renvoie à une série de phénomènes sociaux dissemblables (malveillance, déviance sociale, criminalité...), qui ont néanmoins en commun l’idée de rupture de l’ordre des choses, de perturbation de la norme commune.

La dégradation qualitative notoire des médias, conséquences de l’utilisation « d’experts » non qualifiés en lieu et place de scientifiques spécialisés, a provoqué ces dernières années un glissement sémantique. Novlangue qui permet maintenant d’utiliser plus ou moins la terminologie «  violence de rue » sans distinction pour désigner des actes aussi différents que des actes de délinquance, de vandalismes, d’attroupements de jeunes ou d’émeutes. C’est ainsi que la violence de rue « sort imperceptiblement de son champ sémantique initial, celui des brutalités physiques infligées volontairement à autrui, pour s’étendre à toute une série de situations ressenties comme insupportables » (1).

La violence dans la population de tous pays est aussi complexe qu’elle est omniprésente et nécessite des recherches qui prennent en compte les facteurs de risque individuels, familiaux, communautaires et sociétaux. Le système judiciaire ne pouvant être qu’un garde-fou, les programmes de prévention qui combattent les facteurs sociétaux favorisant la violence, tels que la pauvreté et/ou les inégalités en matière d’éducation ont depuis longtemps montrés leurs limites. De tels programmes sont absolument nécessaires dans un travail de fond, mais ils peuvent prendre des générations pour produire des résultats durables. La recherche a également montré que les programmes ciblant des facteurs individuels, notamment les comportements délinquants et la toxicomanie, nécessitaient des investissements onéreux et continus pour maintenir un changement de comportement à long terme pour seulement un petit nombre d’individus. Ces programmes ne peuvent donc avoir des effets, une durabilité et des avantages que sur une population limité.

La modification des risques environnementaux liés à un urbanisme adapté à l’humain constituerait le point d’intervention le plus important entre des interventions socio-économiques étendues et des interventions individuelles, moins durables. Même si la détérioration structurelle, l'abandon et les désordres sociaux influent fortement sur la criminalité et la violence. La conception initiale de grands ensembles bétonnés génère par principe des problématiques humaines. À titre d’exemple, une recherche sur la sécurité des déplacements dans des quartiers en rénovation témoigne de la forte incidence de l’urbanisme sur nos vies : l’accidentologie piétonne est plus importante et les enfants sont plus impliqués dans les quartiers en rénovation que dans les autres quartiers (2).

Les inadéquations entre la conception et l’aménagement de l’espace public de ces quartiers et les usages qui en sont faits expliquent en grande partie ces spécificités d’insécurité des déplacements. En effet, l’aménagement urbain n’a été réfléchi à présent principalement que sur :

  • l'accessibilité routière ;
  • sur une prégnance de la voiture et du stationnement de celle-ci dans l’espace public ;
  • sur des gabarits de voie de circulation trop larges dans un contexte de forte mobilité piétonne ;
  • de forte appropriation de l’espace public par les habitants ;
  • avec des difficultés pour les traversées piétonnes ;
  • des conflits généraux entre vie locale et circulation ;
  • ...

Un lien entre l’urbanisme et la violence ?

De plus en plus de preuves, démontre que la revitalisation peu coûteuse des terrains urbains, des bâtiments et des quartiers d'affaires flétris, ainsi que la résolution des problèmes structurels urbain comme les rues avec un éclairage déficient, un accès limité aux moyens de transport et l'exposition limitée à la nature peuvent jouer un rôle clé dans l'amélioration de la santé et la réduction de la violence (3).

Un groupement de chercheurs issus de plusieurs disciplines (département de biostatistique et d'épidémiologie, école de médecine, biologique, santé et universitaire) à Philadelphie, en Pennsylvanie, a effectué une recherche basée sur une population donnée de 2008 à 2014 (4). Ils ont analysé les environs immédiats de victimes d’homicide adolescents, révélant des conditions d’urbanisme négligées (conditions de construction, espaces ouverts, plantations publiques, les déchets, terrains vagues, faible éclairage des rues, moins de parcs, axes de circulation moins fréquentés, graffitis...). Ils ont étudié des adolescents décédés par homicide entre l’âge de 13 et 20 ans, entre 2010 et 2012 en fonction du sexe et de l’emplacement intérieur/extérieur au moment de l’homicide. Afin d’obtenir des données environnementales sur les caractéristiques modifiables présentes dans l'environnement immédiat des cas, les relevés sur le terrain ont été effectué en photographiant les cas et contrôler les emplacements extérieurs des participants. Les données photographiques ont été assemblées pour créer des images panoramiques à 360° codées pour 60 éléments de l'environnement visible.

L’ objectif était de tenter définir, à ce moment-là, en ce jour particulier, quel était l'environnement d'un adolescent décédé et qu’était il possible d’apprendre sur les facteurs locaux de ses adolescents à « risque d'homicide ». "L'adolescence est une période de développement cognitif bien particulière. Pour de nombreux adolescents urbains, évaluer et réduire les risques de violence auxquels ils sont confrontés dans leurs moindres déplacements, constitue un défi de taille.

Dans des analyses ajustées, l’équipe de recherche a constaté que l’éclairage des rues, des promenades éclairés, des passages pour piétons marqués, les transports en commun, les parcs et les terrains vacants maintenus en état étaient tous associés de manière significative à une probabilité d’homicide plus faible. En revanche, le risque d’homicides d’adolescents à proximité de carrefours était plus élevé, ce qui pourrait indiquer une zone moins passante. Les chercheurs soulignent et insistent que cette étude ne montre pas de manière définitive que les caractéristiques de la rue et d’autres éléments sont responsables ou réduisent les homicides. Selon eux, l'éclairage des rues, l'infrastructure piétonnière, les transports en commun, les parcs et le verdissement des terrains vacants pourraient être des caractéristiques d’urbanismes prometteuses pour les recherches futures, visant à déterminer si de telles interventions peuvent avoir des effets bénéfiques sur la société et la santé.

Le béton pousse-t-il au crime ?

L’urbanisme moderne, génère-t-il la violence ? La multiplication de ces espaces vides urbains, même remplis de verdure, cette disproportion des espaces de rencontre, la prégnance de la voiture et des places de stationnement peuvent être des espaces d’intrusion potentielle de la violence. L’origine de ce malaise des individus ne serait il pas à chercher également dans leurs lieux de vie (ou de survie) ? Les espaces de vie sont toujours pour les humains plus responsables des conduites sociales, économiques et morales. Il n’y que l’urbanisme qui peut avoir ce rôle vital de générateurs du bien-être social des citoyens. La majeure partie de la population mondiale réside dans les zones marginales des villes (5) et alimente ainsi, de plus en plus, le clivage existant entre les populations riches et les populations pauvres. Clivage qui se manifeste dans nos villes sous forme de contraste culturel et social entre le centre et la banlieue.

Sources

(1) Milburn Ph. (2000), «Violence et incivilités: de la rhétorique experte à la réalité ordinaire des illégalismes», Déviance et société, Vol. 24.
(2) Projet urbain et sécurité des déplacements : exemple de 4 quartiers en rénovation urbaine. Marine Millot. Centre d'études techniques de l'équipement Méditerranée. 7 juin 2019.
(3) Revitalisation des milieux urbains : Politiques sociales et citoyenneté en France et au Québec. Élise Le Dref. Janvier 2005. https://papyrus.bib.umontreal.ca/xmlui/bitstream/handle/1866/17542/Le_Dref_Elise_2004_memoire.pdf?sequence=1&isAllowed=y
(4) Modifiable Neighborhood Features Associated With Adolescent Homicide
Alison J. Culyba, MD, MPH1,2; Sara F. Jacoby, PhD, MPH2; Therese S. Richmond, May 2016
(5) https://news.un.org/fr/story/2014/07/292662-plus-de-la-moitie-de-la-population-mondiale-vit-desormais-dans-des-villes-onu

 

28/10/2019


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