03/07/2026
L’illusion de savoir chez l’instructeur en self-défense ne constitue pas un phénomène marginal.
Elle résulte de la conjonction entre :
Ce biais cognitif, qui désigne la tendance à surestimer sa propre compréhension d’un sujet, peu s’avérer particulièrement dangereux pour les apprenants.
Ces derniers, dépourvus de repères critiques, intègrent des contenus dont la validité n’a pas forcément été vérifiée.
L’instructeur en self-défense occupe une position d’autorité qui repose sur une compétence technique et une posture de confiance affichée.
Reconnaître une lacune exposerait l’enseignant à une remise en cause de sa légitimité perçue.
> Cette incitation structurelle au masquage des zones d’incertitude nourrit involontairement, mais directement l’illusion de savoir chez l’instructeur en self-défense.
Le biais de l’illusion de savoir, documenté en psychologie cognitive, désigne la tendance à surestimer sa compréhension d’un sujet lorsque celle-ci repose sur une familiarité répétée plutôt que sur une maîtrise vérifiée.
L’instructeur qui admettrait une lacune s’expose à une remise en cause de sa légitimité, ce qui crée une incitation à masquer, plutôt qu’à corriger, les zones d’incertitude de son propre
savoir.
L’enseignement de la self-défense n’échappe pas à cette règle :
Le premier facteur tient à la menace que représente l’aveu d’ignorance pour l’estime de soi professionnelle.
Pour un instructeur dont l’activité professionnelle et la réputation dépendent directement de la perception de son expertise par des tiers, cette pression se trouve démultipliée :
Cette dynamique s’auto-entretient :
Le second facteur relève de l’illusion de profondeur explicative décrite par Rozenblit et Keil (2002).
Cette dissociation entre savoir procédural et savoir causal illustre la manière dont la répétition pédagogique engendre un sentiment de familiarité que le cerveau interprète à tort comme une
preuve de compréhension véritable.
> La connaissance mobilisée demeure alors procédurale et superficielle plutôt que causale et vérifiée.
Un instructeur peut avoir répété un même contenu pédagogique de nombreuses fois sans jamais être confronté à l’exigence d’en justifier les fondements scientifiques.
Une transmission fondée sur une confiance non vérifiée compromet directement la sécurité personnelle des apprenants, qui intègrent des réponses potentiellement inadaptées aux contextes authentiques de confrontation.
Le troisième facteur concerne l’effet du statut et du pouvoir perçu sur l’intensité du biais.
> La position hiérarchique décourage la remise en question externe, créant un cercle vicieux où le biais s’auto-alimente.
L’instructeur est généralement seul détenteur du cadre d’évaluation dans sa propre salle.
L’absence d'évaluation systématique par des pairs prive le secteur du principal antidote contre l’illusion de savoir
Le quatrième facteur est structurel et propre au secteur.
Cette absence de garde-fou institutionnel prive le secteur du principal antidote empiriquement validé contre l’illusion de savoir, à savoir la confrontation régulière à une évaluation externe et contradictoire des connaissances enseignées.
L’articulation de ces quatre facteurs, individuel, cognitif, relationnel et structurel, explique pourquoi l’illusion de savoir chez l’instructeur en self-défense ne relève pas d’un simple défaut isolé de tel ou tel instructeur.
Chaque facteur agit en synergie avec les autres, créant un écosystème où la distorsion cognitive devient une conséquence prévisible de la conjonction entre :
Les conséquences dépassent la seule sphère individuelle.
> Ces implications directes sur leur sécurité personnelle justifient que ce biais soit pris au sérieux par l’ensemble du secteur.
La littérature en métacognition suggère des pistes de correction concrètes pour réduire l’écart entre compétence perçue et compétence réelle.
Ces dispositifs, en réintroduisant la confrontation contradictoire que le statut d’instructeur tend spontanément à éliminer, offrent un levier réaliste pour aligner la confiance affichée sur la
compétence réellement démontrée.
> En rétablissant une tension épistémique salutaire, ils permettent d’améliorer la qualité de l’encadrement au bénéfice exclusif de la sécurité des apprenants.
Sources :
- https://psycnet.apa.org/record/1999-15054-002
- https://cogdevlab.yale.edu/sites/default/files/files/rozenblit%20%26%20keil%20%202002.pdf
- https://journals.sagepub.com/doi/10.1111/j.1745-6916.2008.00068.x?__cf_chl_f_tk=bE_tJUagyiEgpZmYJruykdUan6oUmGKxmDbYyarE.BE-1783102626-1.0.1.1-.f5jOA3BIOdvbmMRiZUJgRjbkhkQWZMVMkNxHSsF_Mw
- https://link.springer.com/article/10.3758/s13421-024-01616-6