Couteau, self-défense et histoire

Self-défense couteau. Principes et astuces ?

S’agit-il d’un énième article sur les principes et astuces de la self-défense couteau ? Pas du tout. En self-défense contre un couteau, il existe de nombreuses approches, allant de farfelue à des « pratiques commerciales, trompeuses » et qui ont toutes le même point commun : ceux qui transmettent sont persuadés que les situations et les comportements des agresseurs qu’ils décrivent, représente la réalité. « C’est comme cela que cela se passe dans la vie réelle », est la phrase récurrente. Force est de constater qu’en étudiant un minimum (tous les jours depuis 10 ans) ces paramètres, qui sont documentés depuis de nombreuses années, il n’y a souvent aucune corrélation. Pourquoi une telle déconnexion entre la réalité et les solutions proposées ? Tout d’abord, la France ne possède absolument aucune culture du duel, du combat et encore moins des moyens de survie face à un couteau. Ce manque de culture générale tient principalement par l’histoire martiale française. Au fil des siècles l’hexagone à vu se développer puis péricliter des pratiques comme la Canne de combat, le Brancaille (1), la Savate, le Bâton français (2). Mais aucune pratique en lien avec le couteau. De nos jours, l’accès à la connaissance n’a jamais été aussi aisé, il n’y a plus d’excuses possible concernant ce manque de connaissances notoire de l’histoire du combat au couteau sur le continent européen. Serait-il envisageable également que ce milieu puisse souffrir d’une mentalité autocentrée (3), qui l’empêcherait de développer cette curiosité ? Cela est possible.

L’histoire : la pratique du combat et de l'escrime au couteau trouve son origine dans la tradition folklorique italienne, au point que chaque région peut être fière d'avoir ses propres systèmes de combat. Il existe des documents du XIIIe siècle qui certifient que les duels ont toujours fait partie de la tradition et des coutumes. Les maîtres d'armes visitaient les cours européennes pour enseigner aux nobles et aux chevaliers le maniement des épées ; qui à l'époque n'était pas seulement un instrument de combat, mais aussi un ornement utilisé pour résoudre les disputes et défendre son honneur. Les soldats démobilisés ont également enseigné les techniques de combat. La plèbe ne pouvait accéder à la noblesse, qui pouvait profiter de ces figures pour apprendre cet art du combat. L'étiquette ne permettait pas les interactions, les collaborations ou les amitiés entre des classes sociales si différentes les unes des autres ; par conséquent, les personnes appartenant aux classes inférieures ont dû copier les techniques pour apprendre, créant leurs propres méthodes de combat.

 

Les épées étaient trop chères pour la population. C’est donc (vers les années 1600) le couteau qui n'était plus seulement un compagnon de travail, mais était accessible à tous ; qui fut utilisé. C'est ainsi que, dans les quartiers, le couteau servait à régler les différends entre hommes honorables. Du nord au sud et sur les îles, la tradition s'élève de plusieurs styles et systèmes d'escrime au couteau, des méthodes qui ont évolué au sein de groupes criminels et civils et se sont transmises au sein des familles.

 

Le couteau était l'arme la plus utilisée dans la ville, c'était un protagoniste dans les duels et fréquemment utilisé pour mettre fin aux disputes. Comme toute tradition, celle-ci s'est perpétuée dans le temps. En Italie, les lois sur le port des couteaux ont toujours été sévères ; en conséquence, les gens ont commencé à l'utiliser moins, au point qu'il a presque complètement disparu, tout comme sa pratique. En conséquence, les méthodes ont été transmises, dans des danses folkloriques telles que « la Pizzica » et « la Tarantella ». Dans le sud et le centre de l'Italie et dans les îles, il y avait des écoles clandestines qui enseignaient des tactiques de combat appartenant à plusieurs populations de toute l'Italie (génois, romains, pugliais…).

 

Ceux-ci vont des combats romains avec des pierres et des couteaux, aux duels avec une veste enroulée autour d'un bras en défense et un couteau dans l'autre main. Pour transmettre l'idée de la variété des systèmes et des compétences de ceux qui les pratiquaient, les Suisses appelaient le maître italien « les chevaliers du couteau ». Ce n'est que grâce à ces maîtres que cet art a survécu jusqu'à présent et qu'il est récemment redécouvert grâce à des chercheurs qui reconnaissent non seulement le patrimoine culturel, mais aussi sa beauté et sa force ; afin que le monde entier puisse en faire l'expérience, comme il y a de nombreuses années.

 

Comportement autocentré : de nos jours, dans les pays de l’est et à travers le monde, des dizaines d’écoles spécialisées et des milliers de combattants pratiquent le combat au couteau de sport et les pratiques de self-défense qui les accompagnent. Comment est-il possible de ne pas voir cela ? L’internet met à disposition la quasi-totalité de la connaissance humaine sur terre à disposition de celui ou celle qui veut prendre le temps de chercher.

Éthologie : que faire en cas d’attaque au couteau ?

Dû à une absence plus ou moins totale de connaissance, de pratique et de croyances répétées sans remise en question, la plupart mélangent tout. Ce sont au final toujours les mêmes « solutions » qui sont proposées :

- « techniques » uniquement basé sur la biomécanique, décontextualisé et ritualisé ;

- une pratique d’apprentissage à l’arrêt ;

- une non-reproductibilité comportementale pour la majorité de la population.

- etc.

Allant jusqu’à affirmer qu’il n’existe pas de moyens de survie en cas d’attaque au couteau ! Soit, mais comment on fait les dizaines de milliers de personnes, au fil des siècles, pour réussir à survivre ? Qu’est-ce que l’éthologie, à quoi cela sert il et quel est l’objet de cette science des comportement dans la pratique de la self-défense contre un couteau ?

 

- Qu’est-ce que l’éthologie ? : l'éthologie (Étymologiquement, le terme signifie « discours sur les mœurs. » ) est l'étude scientifique du comportement des espèces animales, y compris l'humain, dans leur milieu naturel ou dans un environnement expérimental, par des méthodes scientifiques d'observation et de quantification des comportements animaux. Konrad Lorenz, Nikolaas Tinbergen et Karl von Frisch (ils reçurent le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1973) sont considérés comme ses principaux fondateurs. Biologiste autrichien, Konrad Lorenz s’est entre autres intéressés aux comportements instinctifs et déterminés génétiquement : l’inné et l’empreinte.

 

- À quoi cela sert il ? : l’éthologie permet de connaître les stratégies d’adaptabilité comportementale, d’évolution et de survie des animaux (humains ou non-humains).

 

- Quel est l’objet de cette science des comportement dans la pratique de la self-défense contre un couteau ? : elle peut étudier des comportements communs à une espèce, indépendants de l'apprentissage par imitation entre congénères de la même espèce.

 

Konrad Lorenz fut le premier à considérer que les comportements, et donc les mécanismes qui les sous-tendent, sont adaptés de la même façon que les organes le sont (Lorenz, 1937). Les comportements sont donc le fruit de l’évolution, ils ont certaines fonctions qui permettent aux animaux de survivre et de se reproduire. Chaque espèce a des comportements qui lui sont propres. Une grande partie des premiers travaux en éthologie a été de répertorier et de décrire les comportements communs à tous les individus d’une même espèce. Ce répertoire comportemental est appelé un éthogramme. La mise en place d’un éthogramme nécessite de passer beaucoup de temps à observer les animaux humains dans leur milieu naturel. Quoi de mieux à l’heure actuelle que les milliers de captures vidéo de particulier ou de vidéosurveillance mise à disposition. Une documentation accessible et gratuite afin de pouvoir établir cet éthogramme.

 

Tinbergen (1963) rappelle que l’éthologie est née également en conséquence contre la psychologie expérimentale américaine appelée « béhaviorisme » (4). De nos jours, les béhavioristes représenterait les « experts » ou « spécialistes » de dojo. Les éthologistes avaient alors fait essentiellement deux reproches aux béhavioristes. Le premier est que les animaux, dans la nature, ne sont jamais soumis aux conditions auxquelles ils sont exposés dans les situations expérimentales et que, par conséquent, les comportements qu’étudient les béhavioristes ne sont ni normaux, ni naturels. Le second reproche est que les béhavioristes avaient tendance à considérer que les résultats obtenus sur une espèce donnée sont généralisables à toutes les autres espèces. Ce qui correspondrait pour le cas du couteau, à des pratiques de self-défense non-reproductibles pour la majorité de la population ou réservé à des professionnels.

Apprendre la self défense contre un couteau

Les quatre questions de Tinbergen appliqués aux agressions au couteau. Même si l’étude du comportement animal a énormément évolué depuis (5), ces questions restent toutefois sous-jacentes aux éthologistes d’aujourd’hui.

 

1- Quelles sont les causes proximales des comportements ? En d’autres termes, quels sont les facteurs qui déclenchent un comportement ? Ici, il convient de discerner les facteurs externes des facteurs internes :

- les facteurs externes sont tout changement du milieu susceptible de faire réagir l’animal de façon spécifique à cette modification ;

- les facteurs internes sont, toute changement de l’organisme jouant un rôle dans le déclenchement du comportement étudié, d’où l’importance de connaître les systèmes sensoriels, nerveux, hormonaux et musculaires de l’espèce étudiée pour expliquer ses comportements. (S’agissant d’homo-sapiens, la documentation est accessible.)

2- Quelles sont les causes ultimes des comportements ? En d’autres termes, quelle est la fonction d’un comportement donné, à quoi sert-il ? Quelle est la valeur d’un comportement pour la survie d’un individu ?

3- Quelle est l’ontogenèse des comportements ? C'est-à-dire, comment un comportement apparaît-il au cours de la vie de l’animal ? Quels sont les rôles de l’environnement et des prédispositions dans l’apparition d’un comportement ?

4- Quelle est la phylogenèse des comportements ? (Cette question n’a pas été étudiée.)

 

Conclusion

 

Il n’y aura pas de principes ni d’astuces de self-défense « basés sur la réalité pour survivre à une attaque au couteau » diffusé dans ce texte. Pour la simple et bonne raison que ces phrases ne représentent que des mots-clefs d’accroche commerciales, uniquement destiné à cliquer. En ce qui concerne le modèle Kragma, les réponses comportementales de survie face à un couteau sont transmises progressivement cours après cours et prochainement lors de formation (pas de stage). Il est indispensable d’ajouter que le rasoir d'Ockham (6) est le socle de toute tentative d’interprétation comportementale à fins d’élaborer une self-défense contre un couteau efficiente. Il est possible de formuler le rasoir d'Ockham de la manière suivante : « Quand on dispose de plusieurs thèses en compétition qui permettent de prédire exactement les mêmes choses et qu'on ne peut les départager, la plus simple est la meilleure... Jusqu'à preuve du contraire. » Le principe du rasoir d'Ockham n'est pas une loi ou un principe scientifique absolu, car la solution la plus simple n'est pas toujours la bonne, mais la pratique a montré qu'il était très utile pour choisir quelle conjecture doit être étudiée en priorité.

 

NB : n’étant pas éthologue, mais uniquement pratiquant depuis 20 ans, c’est donc, en toute humilité et sans dogmatisme, que cette méthodologie a été utilisée pour créer le modèle Kragma.

20/01/2023

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Sources :

 

(1) Brancaille

https://fr.wikipedia.org/wiki/Brancaille

(2) le bâton français

https://www.ufolep.org/modules/kameleon/upload/Le_b%C3%A2ton_fran%C3%A7ais_texte_long.pdf

(3) comportement autocentrés

https://www.linternaute.fr/dictionnaire/fr/definition/autocentre/

(4)  béhaviorisme : Doctrine qui assigne à la psychologie l'étude du comportement des individus à l'exclusion de l'introspection. https://www.cnrtl.fr/definition/b%C3%A9haviorisme

(5) La cognition animale au carrefour de l’éthologie et de la psychologie

https://books.openedition.org/editionsmsh/7087

(6) le rasoir d'Ockham

https://fr.wikipedia.org/wiki/Rasoir_d'Ockham