Défense sur couteau

Self-défense contre un couteau ?

La self-défense contre un couteau n'est, ne sera et ne restera qu'une croyance populaire tant que des techniques de self-défense seront proposés à une clientèle. Clientèle qui même si elle est associative, en est une. Sauf que cette clientèle représente des individus qui cherchent comme tout un chacun, des réponses légitimes aux inquiétudes de son quotidien et de sa survie. Faire croire par l’intermédiaire de croyances populaires, que l’entraînement statique face à des comportements stéréotypés, irréalistes et en totales adéquations avec la fureur du moment, est dangereux.

En disant cela, il ne s’agit pas d’un biais de posture ni d’un biais d’autorité. Il s’agit de constater factuellement qu’une certaine frange du savoir qui est transmit, ne fait pas appel au savoir faire usité et utilisé par les multiples écoles spécialisés depuis le XVIIIe siècle. La « self-défense contre un couteau » se doit d’englober un savoir, savoir être et savoir faire. Simplement pour des raisons historiques, sociologiques et politiques, cette connaissance ne s’est transmise, au fil des générations, que par voie orale et à des groupes restreints d’individus. Cette capacité, à survivre contre un couteau est resté au fil des siècles confidentielle, comparativement aux autres arts martiaux, sport ou système de combat qui se sont développé sur tous les continents. En restant contemporain, qui a déjà entendu parler, de Raffaele Irmino, Maestro Roberto Laura, Maestro Luciano Trimigno, Antonio Di Tullio, Maestro Antonio G.G. Merendoni, Kirill Liubine, Maestro Danilo Rossi di Cassano… ? Personne. Alors que toutes ces personnes, de par le monde, ne se consacrent qu’a la pratique de cette « self-défense contre un couteau » ou à l’escrime au couteau, depuis des générations.

S’entraîner sans relâche pour prendre la bonne décision ?

La peur est évidemment un immense obstacle à nos prises de décision. Une fois que nous reconnaissons le fait que les décisions humaines ne sont pas parfaites, le recours à la connaissance des fonctions cognitives, à l'analyse expérimentale et aux neurosciences en générale est inévitable, si nous souhaitons comprendre la logique qui sous-tend le comportement de la prise de bonne décision lors d'une agression. Lorsque la peur nous paralyse en nous empêchant de prendre les décisions nécessaires, elle peut nuire à la qualité de notre survie. Lorsque la peur s'empare de nos pensées et de nos émotions, notre comportement en est affecté. Soit nous ne pouvons pas du tout agir, soit nous exagérons de manière inefficace face à la source de notre peur (utilisation des mains désordonnées). À la simple vue de la lame d’un couteau, lorsque la terreur occulte nos pensées, nous sommes souvent paralysés et incapables de prendre des décisions saines. De plus, la peur a tendance à nous amener à sombrer dans le désastre décisionnel, à tout confondre et à imaginer le pire multiplié par l'infini.

Pourquoi la peur gêne elle la prise de décision

La peur est pourtant au prime abord un instinct humain fondamental. Elle est censée être destinée à nous aider pour décider la marche à suivre et de la sécurité. Pourtant, quand elle envahit nos pensées et que nous sommes angoissés, cela nous empêche en fait de prendre des décisions saines. Nous sommes câblés avec la capacité de réagir lorsque nous percevons un danger; les structures cérébrales de la peur, telles que le circuit court de la peur du thalamus à l'amygdale (1), l'hypothalamus et l'hippocampe passent à la vitesse supérieure en présence de peur, se transmettent des signaux l’un à l'autre afin de nous inciter à agir et à nous protéger. Mais malgré cette vitesse de fonctionnement qui s’estime en millisecondes, la vitesse de la lame, la distance de l’agresseur, l’environnement… Fais que par nature l’être humain ne possède pas de prédisposition physiologique pour faire face à une agression au couteau.

Joseph E. LeDoux donne comme exemple en 1994, le promeneur dans un bois, qui percevant par son thalamus, l’image floue d’un bâton au sol qui pourrait s’avérer être un serpent. Le thalamus active l’amygdale, qui enclenche à son tour les réactions corporelles de la peur. En l’occurrence, le thalamus envoie l’information au cortex visuel qui décrypte de façon précise l’image. S’il s’avère qu’il s’agit incontestablement d’un serpent, le cortex visuel renforce la fonction amygdalienne, et les manifestations corporelles de la peur sont maintenues. La réaction de fuite ou de défense est mobilisée. Inversement, si le cortex visuel avait décodé de façon précise l’image du bâton, il aurait freiné la fonction amygdalienne et toutes les expressions corporelles de la peur se serait alors estomper. Au niveau de la survie de l’espèce, il est préférable de prendre un bâton pour un serpent que de subir la morsure d’un serpent identifié avec quelques millisecondes de retard. (2)

La peur devient malsaine et dangereuse quand elle devient trop réactive. Parfois, la peur s'infiltre dans d'autres zones du cerveau, comme le lobe frontal. Lorsque cela se produit, elle entrave la prise de décision et peut entraîner des prises de décision incohérente. Le lobe frontal du cerveau est responsable du fonctionnement d'ordre supérieur tel que la pensée logique, le raisonnement et la prise de décision. Lorsque le lobe frontal est impliqué dans la réponse à la peur, la peur devient plus qu'une réaction protectrice au danger, ajoutant des pensées et des émotions complexes à un instinct humain fondamental.

Le bon geste contre un couteau

Le striatum (3) est une structure nerveuse qui se situe au niveau du cerveau, sous le cortex cérébral. Il intervient dans l'exécution de nos mouvements automatiques et les mouvements volontaires (ainsi que dans le contrôle de la douleur et centre de la motivation (4)). Au niveau de la prise de décision afin d’effectuer le bon geste contre un couteau, c’est le striatum qui décidera prioritaire sur les gestes à adopté. Il y a plus de probabilité que notre cerveau fasse appel à des gestes de survie millénaires ancré, que des techniques :

  • précises et qui font appel à la motricité fine ;
  • qui nécessitent l’exécution de deux gestes en même temps ;
  • qui nécessitent l’exécution d’une multiplicité de gestes ;
  • qui nécessitent de s’approcher du couteau.

L’ensemble des preuves récentes suggèrent que le striatum joue un rôle important dans la prise de décision, notamment en ce qui concerne l'encodage d'associations spécifiques action/conséquences dans une action dirigée vers un objectif ; et la sélection d'actions sur la base de la valeur de récompense actuellement attendue (5).

À titre pédagogique des questions importantes demeurent, telles que les similitudes anatomiques et fonctionnelles entre les espèces, en particulier en ce qui concerne le contrôle cognitif des actions, si le striatum est le seul site sur lequel se déroule un apprentissage dirigé (6) et si la dopamine est la seule enseignante de cet apprentissage (7). Le striatum participe-t-il uniquement à un apprentissage basé sur les récompenses ou contribue-t-il à l'inhibition des réponses associées à des conséquences aversives ? (8)

Discussion

La synthèse se doit être aussi simple que les seules réponses de survie qui peuvent fonctionner. La self-défense contre un couteau commence donc par l’étude et la connaissance du fonctionnement de son propre corps. Et les tactiques de survie lors d’une agression au couteau se doivent d’être calqué au maximum sur ces gestes naturels. 

Sources

(1) Le cerveau émotionnel ou la neuroanatomie des émotions Françoise Lotstra 2002/2 (no 29), pages 73 à 86
(2) Emotion, Memory and the BrainThe neural routes underlying the formation of memories about primitive emotional experiences,such as fear, have been traced. Joseph E. LeDoux 1994
(3) https://fr.wikipedia.org/wiki/Striatum
(4) Neural Mechanisms Underlying Motivation of Mental Versus Physical Effort. Liane Schmidt, Maël Lebreton, Marie-Laure, Cléry-Melin, Jean Daunizeau, Mathias Pessiglione 21 Février 2012
(5) The Role of the Dorsal Striatum in Reward and Decision-Making. Bernard W. Balleine, Mauricio R. Delgado and Okihide Hikosaka. Journal of Neuroscience 1 August 2007
(6)  Hikosaka et al., 2006
(7)  Aosaki et al., 1994; Seymour et al., 2005
(8)  Hikosaka et al., 2006

 

19/09/2019


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