Des cours de self-défense scientifiques

Self défense techniques ?

Qu’en est il de la self-défense, des techniques et de la science ? Concernant principalement la pratique et l’entraînement à la réalisation de deux gestes simultanés. Il est au préalable important d’insister sur le fait que la science n’a pas de vocation morale, ni pour objectif de convaincre. Elle est amorale, sans jugement et ne fait que transmettre des informations. Elle fixe des jalons afin d’atteindre l’objectif de vérité et n’est valable que jusqu’à preuve du contraire.

Qu'est-ce que la science pourrait donc fournir dans cette recherche des preuves de réalité sur les techniques de self-défense qui utilisent deux gestes simultanés ? Essentiellement une plus grande précision, une plus grande certitude, en un mot la vérité sur l’efficacité des méthodes transmises. Le but de la preuve serait dans ce cas de figure, d’informer le pratiquant de la réalité d'un fait. Car, par définition même, la science, tend à la découverte de cette réalité de fait. L'utilisation des méthodes scientifiques permettrait donc d’atteindre cette vérité de beaucoup plus près qu’actuellement, sinon même d’y accéder. 

Afin de pouvoir se servir de la science pour appuyer ses propos, il est impératif de respecter un minimum de règle. Sinon, cela devient d’une part totalement inutile, et d’autres part indubitablement mensonger. Nos cultures, nos envies (qu’elles soient sincères ou non), nos émotions, en un mot la subjectivité humaine, modifient grandement notre perception. Avant d’affirmer quoi que soit et de surtout s’en servir comme autorité sur l’efficacité de ses techniques de self-défense, il faut maîtriser et/ou s’appliquer quelques principes d’esprit critique :

  • citer ses sources ;
  • la charge de la preuve revient à celui/celle qui affirme ;
  • certaines personnes ont moins pour objectif d’informer que de se vendre ;
  • ne pas baser son adhésion sur des arguments d’autorité (comportement récurent en self-défense) ;
  • les croyances créent des illusions ;
  • ... 

Est t’il donc réellement possible de réaliser deux gestes « simples » mais différents, simultanément ? En ajoutant les variables suivantes, qui peuvent énormément influer sur l’efficacité d’une technique :

  • contextes totalement différents ;
  • influencé par l’effet du stress ;
  • en subissant toutes les conséquences connues de celui-ci sur notre métabolisme ;
  • ...

Self défense vs science

Rétrécissement perceptif et effet tunnel
En situation de survie, ces mécanismes permettent de consacrer plus d’attention aux sources de stimulation les plus probables. Mais les performances peuvent diminuer lorsque des stimuli inattendus se présentent. Le rétrécissement agit sur tous les sens. L'un des effets secondaires courants de la peur extrême est une forme de vision déformée. Il s’agit de « la perte de vision périphérique avec rétention de la vision centrale, résultant en une vision circonscrite et circulaire du champ de vision... » (1). Cette déformation du champ de vision n’est pas réservée à la peur. Cela peut également se déclencher en cas d’excitation ou de plaisir extrême (dans des attractions à fortes sensations), provoqué par une montée d'adrénaline dans le corps. Lors d’un état de colère intense ou lors d’activités nécessitant un masque de protection, des lunettes de protection ou un casque de protection complet, peut également donner lieu à une expérience de vision d’effet tunnel similaire.

Techniques et interférence
Sans même tenir compte des facteurs précédents, à partir de quel moment va t’il y avoir interférence entre nos deux mains ? Lorsque nos deux mains veulent effectuer des mouvements à structure temporelle différente, l’une de l’autre, un certain nombre de mécanismes impondérable dans notre cerveau se mettent en place. Le rôle des structures temporelles des deux mains :

  • les mouvements symétriques ou simultanés sont faciles à faire avec les deux mains ;
  • même si l’on fait varier l’amplitude, tant que la structure temporelle reste la même entre les deux mains, il y a peu d’interférence ;
  • par contre si l’on pense à un rythme et que l’on produit un autre, il y aura des interférences. (2)

L’expérience Gamma (γ) - V 
L’expérience Gamma (γ) - V (3) est un bon moyen de découvrir ces mécanismes qui régissent le fonctionnement de notre cerveau dans la mise en application de gestes. Il vous suffit tout d’abord de dessiner la lettre gamma (γ) avec la main droite et ensuite dessiner un V avec la main gauche. La plupart des individus n’ont aucun problème à exécuter ces figures. Ensuite, il faut exécuter ces figures en même temps, avec les mêmes mains qu’auparavant. La plupart des individus tracent la même figure avec les deux mains. Cette démonstration très simple nous montre que deux programmes distincts ne peuvent pas se dérouler en même temps sans fortes interférences entre nos deux mains. Ces résultats, ainsi que ceux de Kelso (4), peuvent être transcrits comme suggérant que le système moteur humain ne peut produire qu'un seul programme moteur à la fois. Ceci est une extension de l’appréciation selon laquelle la phase de programmation d’un mouvement ne pourrait être capable d’organiser qu’un mouvement à la fois, une fois les autres étapes terminées. Sinon lorsque deux programmes indépendants sont mieux adaptés aux exigences de charges à venir, le système répond avec une solution hybride qui tente de contrôler les deux membres de la même manière. Ce qui n’est pas adapter à un geste de self-défense.

De toute évidence, le fait que les humains puissent produire ces actions de manière uni-manuelle est un élément de preuve qu’il existe un programme moteur distinct pour chacune d’elles. Mais, même après un entraînement considérable, la plupart des individus ne peuvent accomplir efficacement cette double tâche. Cette démonstration indique que, même avec des programmes distincts pour produire un V et un γ, ces programmes ne peuvent pas être exécutés indépendamment en même temps.

En résumé :

  • les mouvements à deux mains sont donc extrêmement difficiles à réaliser si les structures temporelles sont différentes pour les deux membres ;
  • notre cerveau semble préférer les mouvements à deux mains qui ont la même organisation temporelle et qui sont simples à exécuter ;
  • si la structure temporelle est la même pour les deux mains, on peut réaliser des amplitudes différentes avec une relative facilité ;
  • des interférences se produisent nettement si l’exécutant du geste pense à un rythme tout en produisant un autre. (3)

Les techniques vs la peur

Les techniques de self-défense ont pour objet d’être mis en application dans des situations extrêmement anxiogène. La peur, l’état de sidération psychique (mécanisme psychologique et neurobiologique de sauvegarde) (5) nuise énormément et empêche la mise en application de tous gestes. Même s’il est répété des centaines de fois. M. Lojowska et ses collègues de l'Université Radboud aux Pays-Bas ont testé 34 participants âgés de 18 à 30 ans (6) sur les perceptions visuels pendant une sensation de peur. Afin de créer une situation qui se rapprochait le plus possible d’un « comportement de gel », les chercheurs ont parfois donné à leurs participants un léger choc électrique, toujours précédé d'un point rouge. Ce n’est pas le choc lui-même qui a incité les participants à montrer un « comportement de gel » (mesuré par la fréquence cardiaque), c’est l’anticipation du choc. Lorsque les participants voyaient un point vert, qui ne présageait pas de choc, ils se détendaient. Alors que quand ils voyaient le point rouge, ils avaient davantage peur, et peu importe si un choc avait été infligé ou non.

La tâche des participants était de juger de manière aussi précise que possible l'orientation de ligne à l'intérieur de petits carrés apparaissant sur un écran à gauche ou à droite de leur champ visuel. M. Lojowska et ses collègues ont constaté que la performance visuelle des participants était affectée par le fait qu’ils soient stressés ou non et qu'ils présentaient des signes physiologiques de peur. Quand ils avaient peur et étaient stressés, leur capacité, à juger les carrés avec des détails élevés était altérée, mais leur capacité, à juger les carrés avec des détails visuels grossiers s’était en réalité améliorée. Il semblerait donc que lorsque nous avons peur, nous percevons plus clairement certains aspects du monde, mais au prix d’ignorer une grande partie des détails. Malgré ces défauts potentiels dans notre perception visuelle, il est important pour nous de pouvoir percevoir les choses rapidement.

Gestes techniques et précis ?

Visuellement il semble adapté qu'un animal ne voie que les détails les plus élémentaires d'un objet potentiellement menaçant. Cela prendrait trop de temps pour assimiler tous les détails d'une scène. Notre cerveau dispose d'un moyen efficace pour reconstruire rapidement ce que chaque objet utilise probablement comme souvenir d'événements et de situations semblables, plutôt que d'analyser chaque nouvel élément en profondeur. Ceux sont par contre ces raccourcis qui peuvent entraîner de grosses erreurs et des illusions visuelles.

L'interprétation en tant que tel, nous explique que seule une structure temporelle à la fois peut être produite. Pour faire deux actions différentes avec les mains, le système de notre cerveau essaie de contrôler avec une seule structure, mais il n’y parvient que difficilement. Cela peut paraître limité, mais protège en même temps les mouvements des interférences et permet la finalité d’un geste. Avec de l’entraînement, dans certaines conditions, il est bien évidemment possible de faire deux choses différentes avec les mains, d’un côté un automatisme et de l’autre un traitement contrôlé.
L’attention dans le cerveau humain possède un certain nombre de limitations structurelle dans la capacité de traitement de l’information :

  • l’attention est sérielle. Il est difficile de fixer notre attention sur deux choses différentes (un événement sensoriel extérieur et une opération mentale). De même pour effectuer deux tâches motrices simultanément (2).
  • l’attention est divisée entre la tâche principale et une activité secondaire. Plus la tâche principale est complexe et plus elle demande de l’attention, moins il en restera pour les activités secondaires.

Sans tenir compte de la condition sociale, le sexe, l'âge, l'état de santé, sous l’effet du stress, dans différents contexte et sans être préparé... Sommes nous donc capable de retranscrire deux gestes simultanés différents ? Le traitement scientifique des situations de hasard exige le recours au calcul des probabilités. Pour la science, la probabilité est un concept clair, qui ne soulève plus aujourd'hui de problème particulier. La probabilité mathématique est un objet défini de façon formelle, par les opérations qu'il est possible d'effectuer à l'intérieur d'un postulat de départ. Avec l'accumulation des éléments cités précédemment, la probabilité de réussir l’exécution de techniques de self-défense avec deux gestes simultanés distincts, est très faible.

Sources

(1) Vision du tunnel. https://fr.wikipedia.org/wiki/Vision_du_tunnel
(2) Apprentissage moteur et performance. (Richard A. Schmidt). Jean-Philippe Hess – 2002
(3) Gamma-V experiment (Konzem, 1987)
(4) A theoretical model of phase transitions in human hand movements. Haken H , Kelso JA , Bunz H. 1985. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/3978150
(5) Apathie et sidération
http://assopolyvalence.org/infos/informations-sante/mecanismes-psychotraumatiques/apathie-et-sideration/
(6) Freezing promotes perception of coarse visual features. Lojowska, Maria,Gladwin, Thomas E.,Hermans, Erno J.,Roelofs, Karin Journal of Experimental Psychology: General, Vol 144 (6), Décembre 2015. https://psycnet.apa.org/doiLanding?doi=10.1037%2Fxge0000117

 

22/10/2019


Comment ne plus avoir peur de se battre ?

Comment ne plus avoir peur de se battre est une illusion. Tenter de se convaincre ou de s’en laisser convaincre, qu'il faut au préalable arriver à surmonter cette peur afin de pouvoir se défendre rationnellement lors d’une agression, est une grave erreur... Comment ne plus avoir peur de se battre ?

Cours de self-défense ?

Prendre des cours de self-défense s’avère t’il utile dans notre société ? Influence médiatique, peur injustifiée, nécessitée d’une réalité quotidienne… ? Sûrement. À l’heure ou la bien-pensance et le politiquement...

Cours de self-défense ?